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Les ingrédients de base d'une chanson, chap. 8: La soif de vivre

La soif de vivre 

Pour les jusqu'au-boutistes, vivre intensément devient la seule façon d'être, en toute liberté de conscience, de mouvement et de parole. Cela implique la dignité de vivre debout, de voir grand et de poursuivre la quête de l'impossible rêve. On est né pour être libre, incapable de tenir en place, il faut fuir, se pousser et, plus souvent qu'autrement, prendre la route.

Avec la naissance vient une mission : né pour vivre, bouger et déguerpir : Born to be alive, Born to move, Born to run, Born to be wild. Life is a highway, la route devient le chemin usuel à prendre, peu importe la langue, pour le meilleur ou le pire: Sur la route, Sur la route 11, Miles from nowhere. Elle entraîne dans son sillage les connotations usuelles de fuite et de liberté pour y vivre les frissons promis de la Route 66 et parfois même aboutir à la Terre promise

La fureur de vivre exude des Illégal, Lust for Life ou Tiens-toé ben j'arrive. Poussé à la limite, cette vie devient traînée de poudre, et Life in the fast lane dépeint un homme « brutalement beau » et une femme « mortellement belle » vivant à fond la caisse et en pleine dérape. Ils abusent de substances, excellent au lit, accumulent les mauvaises décisions et récoltent un grand vide existentiel. À l'évidence, l'histoire mise en scène ne fait pas l'apologie de ce lifestyle, pas plus que Bruce Springsteen ne chantait la fierté d'être Américain dans Born in the USA. 

La soif de vivre ne vient pas sans sa dose de pathos : les tribulations et les états d'âmes intenses sont au rendez-vous pour toutes sortes de situations : [Je comptais vivre fort / et que le diable m'emporte] avançait Stephan Eicher dans Des hauts des bas : La gourmandise de vivre le rattrapera : [Je crois que j'en voulais trop / J'ai même eu ce que je ne voulais pas (...)]. 

[Le cours ordinaire des choses me va / comme un incendie] ironisait Jean-Louis Murat d'un humour de pyromane dans Comme un incendie, y allant d'une fine formule alliant un oxymoron comparatif à une antithèse pour mettre le feu à l'énoncé. Le contraste procure un effet de surprise en comparant deux éléments au premier abord disparates. 

Avec une idée très simple mais profonde, Life's what you make it creuse un seul sillon tout au long du morceau : la vie sera ce que tu en feras, accepte-la, ne la boude pas, célèbre-la. Une seule idée renforcée constamment et qui devient un puissant statement dédié à l'amour et à la beauté toute nue de la vie.
 

Dans l'esprit de La quête pour le dépassement de soi et l'atteinte des plus hauts sommets, The big music du groupe The Waterboys brûle d'une incandescence rare et fait appel à l'exaltation spirituelle des hautes sphères pour s'unir à l'univers : [I have heard the big music / and I'll never be the same / Something so pure just called my name] scande avec ferveur Mike Scott, se voyant gravir une immense montagne, en quête d'illumination après avoir entendu la "Grande musique". 

À l'opposé, Vivre pour vivre s'avère une réplique sobre à toute cette intensité. Titre d'un film de Claude Lelouch, le texte de la chanson du même nom laisse filtrer un constat doux-amer avec les choix amoureux que la vie nous soumet parfois, et qui implique d'exercer un certain détachement face à elle. Fait à noter, la formulation « Vivre pour » ressort pas moins de 8 fois sur Paroles.net : Vivre pour : l'amour, le meilleur, pour soi, pour toi, notamment.

Un film – mais d'abord un roman – de la série des James Bond prend un malin plaisir à reformuler à contrepied l'adage "Vivre et laisser vivre" sous la forme de Live and let die, habile clin d'oeil tout à fait dans le ton 007. On doit ce détournement de sens à son créateur et auteur Ian Fleming. Ce genre de revirement est une façon de créer la surprise et de faire du neuf avec du vieux. La chanson-thème du film, signée Paul McCartney & Wings, fut réalisée en l'espace d'environ deux semaines lorsqu'il fut déterminé que la tâche lui était incombé. 

McCartney confia au magazine Mojo en octobre 2010 ce qui suivit sa lecture du roman, la veille : « On the Sunday, I sat down and thought, OK, the hardest thing to do here is to work in that title. » Son défi était d'insérer, d'intégrer en premier lieu le titre dans le morceau, pour adopter ensuite l'angle qui lui semblait le plus évident : « So I came at it from the very obvious angle. I just thought, 'When you were younger you used to say that, but now you say this.' » Plus jeune tu disais ceci, et maintenant que tu as vieilli, tu dis cela. Raisonnement concluant : Live and let die fut #2 sur le palmarès Billboard trois semaines d'affilées à l'été 1973, avec un #1 différent à chaque semaine. Elle fait toujours partie de ses spectacles.

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