Passer à la navigation

Les ingrédients de base d'une chanson, chap. 9: Des titres positifs

À l'occasion, vous remarquerez que l'usage d'un titre davantage évocateur soit préféré à un autre disons, moins vendeur, mais placé pour tomber dans l'oreille. Vous me direz que c'est un peu normal. Je pense à Robert Charlebois et à Je rêve à Rio,9.12 une couplet/refrain (CR) où la première ligne vend la mèche d'entrée de jeu : [Je rêve à Rio / devant ma radio...]. Voilà, le titre est donné, la carte est jouée, pour ne plus revenir du morceau.

Sa structure est de deux couplets de douze mesures, suivis d'un refrain de huit pour totaliser un bloc de 32 mesures. Notez que le refrain se pointe dans la première minute, pour respecter une règle non-écrite de minutage. Répétez cette forme deux autres fois, à l'identique, et vous avez le plan de la chanson. Six couplets font avancer l'histoire, un seul refrain qui revient, répété trois fois, plus une autre pour le coda, et hop! le tour est joué en 3:32.

Dans une couplet/refrain, le titre se trouve plus souvent qu'autrement à l'ouverture du refrain; c'est la zone payante. Il peut aussi se retrouver à la toute fin, bien sûr, souvent le fruit d'une déduction. Or ici, en ouverture du refrain, quand il se pointe à :50 secondes, on obtient : [C'est pas pour moi tout ça, tout ça...]. À l'évidence, cette ligne répond à la question sous-jaçante posée par la ligne précédente, « et c'est pourquoi je dis... »; sauf qu'ici la tournure est plutôt négative, représentative du personnage dépeint. Pas le titre le plus hot.

Et en guise de conclusion, on a droit à quoi? À [J'suis qu'un pauvre homme qui chôme, qui chôme au royaume du calcium]. Pas non plus le genre de ligne pour vendre une samba endiablée et qui aspire à tourner à la radio. Et pourtant, on est bien dans le refrain. Alors que rêver à Rio... est un brin plus ensoleillé, n'est-ce pas? Qui n'a pas rêvé à Rio un jour? Il se trouve là, le titre mémorable. 

I Got You, par Split Enz, use du même principe; le titre ouvre la chanson, mais disparaît par la suite. À l'arrivée du refrain, la ligne [I don't know why sometimes I get frightened] est celle qui, dans la même logique de mise en évidence devrait être le titre, mais n'est pas retenu. Ce titre potentiel manquait-il d'un petit quelque chose?

Dans les faits, c'est Neil Finn qui a reçu le mandat d'écrire sur le titre « I Got You » soumis par son frère Tim. En entrevue, Neil racontait qu'il « aimait bien les couplets, mais que le refrain laissait à désirer, et qu'il faudrait bien que je le retouche un moment donné... qui n'est jamais venu. Ce qui démontre que je ne sais pas reconnaître un hit quand j'en entends un. » 


Facile9.13

Dans le même ordre d'idée, on retrouve sur l'album Double vie de Richard Séguin la chanson Facile où l'état d'âme et l'introspection domine le propos. Commentaire social sur la vulnérabilité de l'être humain en situation de précarité, la chanson possède un certain potentiel radio, sauf pour le refrain qui dresse un constat ardu: [C'est pas facile / Rester tranquille / Avec c'que j'vois / Dans ma ville / C'est difficile / C'est compliqué / Surtout pour moi / Une proie facile]. À choisir un titre dans tout ça, le choix se trouve à être... facile.

Anecdotique peut-être, mais j'ose croire qu'il y a une certaine logique éditoriale derrière ce genre de décision artistique.

9.12:Je rêve à Rio, Robert Charlebois, Volume X, Barclay 1974
9.13: Facile, Richard Séguin, Double vie, Audiogram, 1988 © Intermède Musique Intl

Poster un nouveau commentaire

  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

CAPTCHA
fr