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Les ingrédients de base d'une chanson, chap. 9: L'absence de titre

Comme je disais précédemment, le titre se retrouve dans les refrains parce que c'est une ligne de force qui sonne bien, mise en valeur au bon endroit, au bon moment. L'inverse est vrai aussi : l'amorce devient le titre parce que situé stratégiquement; c'est la première ligne que l'on entend. Le titre peut s'imposer simplement à force de répétition et de symétrie. À tout le moins, il doit revenir régulièrement pour faire sa place dans l'oreille; j'en veux pour exemple Comme un million de gens où le titre apparaît symétriquement à la cinquième mesure de chaque couplet, sauf pour le tout dernier.

J'ai mentionné aussi certaines chansons ne contenant pas le titre dans leur texte. Ça se résume en une formule bien tournée, une image ou un jeu de mots qui ramasse le propos, comme pour Bohemian Rhapsody, Dégénérations ou Space Oddity. Bien entendu, cela n'a pas empêché ces chansons (et combien d'autres) de prendre racine en nous. Cela démontre que le titre sous la forme d'un synopsis fonctionne. Ça démontre aussi qu'il s'agit de l'exception à la règle.

L'absence de titre : Richard Thompson et « King of Bohemia »9.14

L'absence totale du titre dans un morceau n'est pas forcément l'idéal selon des paramètres commerciaux, mais cela peut se justifier d'un point de vue artistique même si c'est, selon toute vraisemblance, contre-intuitif. Voici ce que l'auteur-compositeur-interprète Richard Thompson avait à raconter à propos de sa pièce King of Bohemia, et de l'interprétation qu'on lui a donné dans le public.

« Écrivez-vous à partir de titres, et les amassez-vous? »
RT : « Oui, j'adore les titres. J'en suis obsédé. J'adore trouver un bon titre. Un titre peut peindre une image. »

« Un titre intéressant de vous, et qui n'est même pas dans la chanson, est « King of Bohemia ». »
« Oui. C'est un peu trompeur et même un peu obscur. Je pensais à la chanson et je n'y voyais pas de titre évident dans le texte. J'ai pensé alors que ce morceau ne ferait jamais le Top 10, ne serait jamais un succès commercial. J'ai donc pensé à me faire plaisir avant tout et de l'appeler comme le cœur me disait. Il y a un pub près de chez moi qui porte ce nom. Et c'est là où se déroule la chanson. Mais j'ai constaté que c'était un peu obscur. Certains l'ont interprété de curieuse façon. Un journaliste a cru que la chanson portait sur Bob Dylan, comme un Roi de la bohème. Il avait développé toute une théorie que je trouvais si bonne que j'ai presque eu envie de l'adopter. »

9.14: Membre fondateur du groupe anglais Fairport Convention, groupe phare du folk-rock anglais à la fin des années soixante. Interview par Paul Zollo, Songwriters on songwriting, Da Capo, 2003 p. 528

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