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Les ingrédients de base d'une chanson, chap. 9: Titres absents en 6 exemples

Anecdote de El Senor Pluma, est une adorable chanson sur l'enfance, comme une bulle qui nous ramène à un âge où on n'a [pas d'poils en d'sous des bras], et où l'on s'émerveille en découvrant son environnement. C'est un bijou de portrait narratif d'un passé qui n'existe plus, mais qui demeure archétypal de par son imagerie avec les tramways, les chats, le guenillou, les moineaux qui le suivent, [les batailles avec les Anglais], etc.

En une minute, le texte est entendu intégralement. Une progression I-IV-V, sur une forme AABA structurent la composition. De par la symétrie des deux couplets de 7 mesures amorcés par [Quand j'tais p'tit gars...], le morceau aurait pu platement s'appeler Quand j'tais p'tit gars. Toutefois, Anecdote illustre parfaitement, avec modestie et clin d'oeil, un moment de vie d'une époque révolue. Comme recevoir une carte postale en direct de l'enfance. Irrésistible!

Dégénérations, quel titre! Le jeu de mots force l'admiration par ses deux niveaux : par l'illustration d'une succession de générations qui se relaient un héritage historique avec plus ou moins de succès, d'où une impression de « dégénérescence » par le passage du temps. Le titre synopsis parfait.

How soon is now? est un morceau un peu à part dans le catalogue des Smiths de par les innombrables couches de guitares psychédéliques, des vagues ondoyantes sur des rythmiques à la Bo Diddley, deux éléments pas du tout caractéristiques du son jingle-jangle qui a d'abord fait le succès du groupe.

La thématique abordée reflète toutefois parfaitement la démarche littéraire du groupe. Le texte évoque les difficultés d'une personne timide à vivre, un thème cher à Morrissey, l'auteur et l'interprète du groupe. La première ligne en établit la prémisse : [I am the son, I am the heir of a shyness that is criminally vulgar]. Le titre, fabuleusement absent du texte, est emprunté à Marjorie Rosen, auteure de Popcorn Venus.

Manche de pelle est une réplique québécoise à celui qui, sans raison, demande son nom à quelqu'un. « J'm'appelle manche-de-pelle ». L'expression sert ici de synopsis/référent à une énumération de patronymes empruntés au bottin téléphonique, avec une tournure pince-sans-rire inévitable venant de Réjean Ducharme, sur une musique de Robert Charlebois.

Positively 4th street a la réputation d'être parmi les premières chansons particulièrement venimeuses de Bob Dylan. Elle est parue dans la foulée de Like a Rolling Stone, et emprunte le ton dénigrant de celle-ci.

L'amertume du texte fait contraste avec la progression harmonique en mode majeur structurée en forme AAA de six couplets, de 16 mesures chacuns. Qui visait-elle, cela n'a jamais été précisé et relève certainement davantage de l'amalgame que d'une seule personne ciblée, mais le ton tranchant de la première ligne ne laisse aucun doute sur les intentions de l'auteur: [You've got a lotta nerve to say you are my friend].

Ici aussi, le titre est aux abonnés absents; toutefois, celui qui hérite de ce rôle suggère un indice, un endroit où la rencontre aurait pu avoir lieu, à Greenwich Village ou ailleurs. Dylan s'est aliéné une partie de sa base en passant à l'électrique en '65, et Positively 4th street est fort probablement une réplique à ce genre d'attitude qu'il ne pouvait supporter, à preuve ce clip tiré d'images d'archives.

C'est la rythmique qui rappelait celle d'un train qui a donné une partie de son titre à Train in Vain (Stand by Me) du groupe The Clash, titre caché, ajouté à la dernière minute à leur épique album London Calling. Encore ici, le titre principal est absent du morceau, mais on retrouve Stand By Me dans le sous-titre en parenthèses, sous-titre référant bien sûr au célèbre titre du même nom signé Ben E. King. De fait, la ligne complète ici est plutôt exprimée sous la forme interrogative, comme lorsque on demande des comptes à quelqu'un qui nous laisse tomber : [Did you stand by me / No, not at all].

On peut aussi y voir un clin d'oeil au Stand By Your Man de Tammy Wynette dont le titre honore l'amorce : [They say you stand by your man]. On y comprend qu'il y a une histoire de rupture amoureuse qui motive la conversation. Train in Vain (Stand by Me) fut le premier titre des Clash à percer le Top 40 américain, le deuxième étant Rock the Casbah.

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