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Les Ingrédients d'une chanson, chap. 2: La chanson est un divertissement

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Avant toute chose, « Une chanson est un divertissement. », affirmait Sheila Davis dans The Craft of Lyric Writing.2.1 Elle nous accompagne tout au long de notre journée et de notre vie, elle nous fait chanter, siffler, danser; elle nous réconforte, chasse la mélancolie et nous change les idées. Elle sert de trame sonore et de sous-texte à notre quotidien; on le constate quand nous vient spontanément en tête une ligne ou un air précis dans des circonstances ou les émotions sont fortes. La chanson nous met des mots en bouche pour interpréter les émotions de la vie. Elle nous parle, et elle parle pour nous.

Une expérience émotionnelle satisfaisante

« Tous les bons paroliers sont des artistes accomplis en mesure d’offrir à un auditoire une expérience émotionnelle satisfaisante. Toute chanson connaissant du succès raconte quelque chose qui pousse des milliers de personnes à l'écouter et à vouloir la réentendre à nouveau », poursuit Mme Davis.

Certaines font résonner en chacun de nous une corde sensible, que cela soit par une affirmation, un questionnement ou par conviction; cela fait que l'on se reconnaît en elles, que l'[on se ressemble toi et moi].2.2 C'est penser tout haut : « Je sais ce qu'il, ce qu'elle veut dire », ce qui entraîne un phénomène d'identification vis-à-vis du propos.

L'identification spontanée à un cri du cœur, à un titre, à un-e artiste est souvent au cœur de l'attachement que l'on ressent à toute proposition chansonnière qui nous touche. Comme un « effet miroir » dans lequel on se reconnaît.

L'artiste, reflet de sa société

« [Cela] signifie que tout ce que nous voyons chez les autres n’est que le reflet de nous-mêmes. En effet, quand quelque chose nous plait chez quelqu’un, il s’agit généralement d’une partie de nous-même à laquelle nous nous identifions, à laquelle nous ne voulons pas croire ou que nous n’osons pas exprimer. »2.3

« J'ai crée un monstre! », affirmait Lisa LeBlanc à la télévision quant à son titre de 2012, Aujourd'hui ma vie c'est de la marde, ce qui en disait long quant à la spectaculaire résonance de son cri du coeur dans le public pendant les événements qualifiés de « Printemps érable » de la même année au Québec.2.4

Les Gens de mon pays de Gilles Vigneault reflète une perception du peuple québécois dans l'oralité de son quotidien : [Il n'est chanson de moi / Qui ne soit toute faite / Avec vos mots vos pas / Avec votre musique]. L'allégorique Les étoiles filantes des Cowboys fringants relativise notre passage sur Terre en le ramenant, à l'échelle cosmique, au passage d'une comète fugace.

La notion de miroir a été maintes fois invoquée par les artistes pour expliquer leurs rôles sociaux et justifier un droit de parole. De fait, l'artiste propose, et le public adopte ou en dispose.

L'auteur de chanson comme porte-voix

L'identification est un chemin à deux voies puisque l'artiste, pour entretenir le lien avec son public, cherchera à se raconter par des chansons qui le toucheront au coeur. « Les pièces que je choisis doivent être des histoires qui me sont arrivées personnellement, ou à des gens que je connais. » affirmait Linda Ronstadt.2.5

N'est-ce pas en quelque sorte l'approche d'une Laurence Jalbert, qui s'est souvent faite la porte-parole d'une partie de son public qui lui confiait ses secrets les plus douloureux? Idem pour Linda Lemay, une observatrice du quotidien aguerrie? Les auteur-e-s ont le réflexe de se coller à des préoccupations terre-à-terre, celles de monsieur et madame tout-le-monde.

L'auteur de chanson devient un porte-voix de ceux et celles qui se reconnaissent dans son oeuvre. C'est ici que la chanson cesse d'être une proposition de communication unilatérale et revient vers l'artiste, le nourrit, contribue à sa démarche créatrice et lui amène de la crédibilité.

Étienne Daho, à propos de son album de 2013, L'innocence retrouvée tenait un peu ce genre de discours : « C'est un album pour les autres, qui regarde les autres. Il parle de tous les "outkasts" [sic], de gens qui ont souffert, qui ont du mal, qui ont perdu, en fait. J'avais envie d'être cette voix-là. »2.6


Je ne suis qu'une chanson

Cette pièce emblématique de Ginette Reno - signée Diane Juster - illustre parfaitement l'osmose qu'il peut y avoir entre un-e interprète de par les mots qu'elle incarne, et son adoption par le public. L'interprète est la chanson, et cela déborde du coup sur la notion d'identité, et définit l'artiste sous les feux de la rampe. Le public a acheté le propos de Madame Reno, au propre comme au figuré : ce titre, vendu à plus de 350 000 copies, a insufflé un souffle nouveau à sa carrière, à sa parution.

Ordinaire

L'artiste cherche donc à s'identifier à la masse. (Je suis un gars ben) Ordinaire de Robert Charlebois - un texte de Mouffe - a, paradoxalement, grandement contribué à le définir en tant qu'artiste et à le catapulter au firmament de la francophonie. Avec à la base un message introspectif et réflexif, c'est-à-dire celui d'être un homme ordinaire s'observant dans une situation extraordinaire, Charlebois s'identifiait au-delà de tout à une condition humaine universelle en hurlant son idéalisme au-delà de sa propre personne, et en bouclant la boucle : [J'suis pas un chanteur populaire / J'suis rien qu'un gars ben ordinaire].

Et moi, et moi, et moi

Prise au premier degré, le commentaire de Et moi, et moi, et moi de Jacques Dutronc dépeint un personnage égocentrique qui perçoit superficiellement les problématiques mondiales, les ramène systématiquement à sa petite personne pour les évacuer aussitôt : [J'y pense et puis j'oublie / C'est la vie, c'est la vie]. L'auteur Jacques Lanzmann illustre le nombrilisme d'une époque par une satire en mode crescendo hyperbolique, procurant une antithèse toujours plus impressionnante à chaque couplet, et ce jusqu'à l'absurde [50 millions de petits martiens / Et moi, et moi, et moi]. Lanzmann y passe un commentaire social fort, suggérant le vide de la vie occidentale matérialiste.

De façon plus large, l'identification débouche parfois sur un regard empathique envers son prochain, tel Jean Ferrat chantant Louis Aragon dans J'entends, j'entends: [Ah je suis bien votre pareil / Ah je suis bien pareil à vous], alors que l'interprète observe, sans les juger, ses semblables en lesquels il admet se reconnaître dans leurs faiblesses. D'une grande universalité et profondeur d'âme.

Plus près de nous, le groupe Mes Aïeux, par la pièce Dégénérations jetait un oeil à la fois impitoyable et empathique sur les générations ayant d'abord cultivé et rentabilisé la terre ancestrale pour ensuite la brader, dans un élan individualiste [pour devenir fonctionnaire], avec les répercussions pour la génération subséquente qui, elle, [rêve de son petit lopin de terre].

À l'autre extrémité du spectre, on retrouve un Charles Aznavour qui fait dire à son personnage de Je m'voyais déjà : [mes chansons ne font rire que moi], et [Si tout a raté pour moi, si je suis dans l'ombre / Ce n'est pas ma faut' mais celle du public qui n'a rien compris]. Visiblement, l'universalité et l'identification ne sont pas dans ses priorités d'auteur, à celui-là. Et en plus, le raté blâme le public! Il n'y avait que Charles Aznavour pour mettre en scène un perdant aux antipodes de la carrière qu'il a mené.

2.1 - Sheila Davis, The Craft of Lyric Writing, p.264, traduction libre.
 
2.2 - On se ressemble toi et moi, France Gall, Baby pop, Phillips 1966
 
2.3 - http://www.les-therapies-breves.com/en-savoir-plus/effet-miroir-psycholo...

2.4 - À son passage à l'émission Tout le monde en parle du 1er avril 2012

2.5 - citée dans The Craft of Lyric Writing

2.6 - http://www.lapresse.ca/arts/musique/201311/16/01-4711393-etienne-daho-un-nouvel-album-sur-ceux-qui-ont-perdu.php

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