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Les Ingrédients d'une chanson, chap. 6: La syllabe, le pied qui groove

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Sur une piste de danse, vous remarquerez que ce sont sur les temps faibles, les 2 et les 4 - les ups, ceux sur lesquels tombe la frappe du batteur sur sa caisse claire - que nous levons le pied pour être dans le rythme et retomber sur le temps fort, souligné d'abord par la grosse caisse, le bass drum.

C'est de cette alternance entre temps forts et faibles que nait le balancement, la pulsion du rythme, celle qui nous fait taper du pied. Comme rédacteur, c'est le réflexe que l'on vise à atteindre : écrire sur une pulsation que l'on sent en nous, qui porte les mots et nous les souffle, littéralement, dans un mouvement régulier. Et avant même quelque besoin de mélodie que ce soit.

Pour chaque temps fort, il y en a un faible, on l'a dit. Pour chaque syllabe - ou pied - accentuée, il y en a une désaccentuée, et on insistera sur certaines plutôt que d'autres pour produire un rythme, en convenant des règles d'accentuations du français précédemment établies. Cela résultera en des emplacements particuliers à exploiter.

Les accents devraient tomber là où ils sont prévus dans la langue parlée et, vous l'aurez deviné, ceux-ci se poseront sur les temps forts, c'est-à-dire sur le premier temps musical qui coïncidera avec l'accent tonique de la fin d'une ligne. Ces deux paradigmes doivent fonctionner main dans la main pour produire une rythmique combinant le sens et le groove.

Qu'est-ce que le groove?

Le groove est l'« aspect qui fait avancer la chanson, l'équivalent pour un livre de ne pouvoir vous empêcher de tourner les pages », selon David Levitin, auteur de « This is your brain on music ». Bien que, selon lui, cet aspect appartienne strictement au domaine de l'interprétation et des musiciens, il explique : « Il s'agit de l'aspect du rythme qui prend forme au fil de la répétition des lignes et qui, tout en étant très semblables les une aux autres, proposent de subtiles différences qui alimentent le rythme et conservent l'intérêt de l'auditeur. »6.26

Le phrasé rythmique

«On a la réputation de faire swinguer la langue de Verlaine!» disaient en entrevue6.27 les membres de La Compagnie créole, groupe antillais célèbre pour ses grands succès dansants comme Ça faire rire les oiseaux et autres C'est bon pour le moral. Toutefois, il n'y a rien de facile, même pour des auteurs chevronnés : « «Je me suis cassé la tête pour la version française de certaines chansons» confiait à la journaliste la parolière Clémence Bringtown, en particulier pour la traduction de Doh stop de Carnaval : « «C'est une rythmique de soca qui groove, en anglais et en broken English qui groovent. Alors, pour trouver des paroles en français qui groovent autant, et que ça ait du sens sans se prendre au sérieux, ç'a été un vrai casse-tête.»

Au journaliste qui l'interrogeait sur son rapport avec la danse, Stromae répondait ceci : « La danse est indispensable à la vie. Plus indispensable que la musique, même, je crois, car elle est les mouvements de vie qu'on fait. La danse et la musique dance, ce sont des trucs qui me parlent avant les paroles. Le première lecture, c'est la musique, le groove. Même quand ça ne se danse pas, même dans les paroles, il y a le groove et c'est ça qui est universel, je crois. »6.28

Martin Léon propose également un souci du placement rythmique redoutable. L'album Les atomes offre une démonstration de phrasés rythmiques et sonores constante tout au long de cet album, où l'accentuation dicte l'allure rythmique du texte. Que ça soit par Va savoir pourquoi, Prends-moi tel quel ou Le shack à Chuck, le placement du texte est fignolé dans ses moindres détails et flirte allègrement avec le hip-hop : c'est fluide, ça sonne, et il est difficile de pas taper du pied ou hocher de la tête. Le placement de l'accent tonique est stellaire, et la simplicité de l'écriture par un vocabulaire facile à prononcer favorise des lignes qui respirent, et facilite l'intelligibilité du propos.

Martin Léon est un habitué du phrasé rythmique qui tue. La pièce Félicie6.29 est un bijou où les lignes sont ciselées au point où chaque syllabe a été soigneusement placée. Rien ne dénature ou ne fait décrocher l'entendement. Le découpage d'anapestes délicates des premiers [Félicie] en ouverture établit un groove qui se raffine à la troisième répétition du prénom par un habile triolet, pour tomber pile poil sur le premier temps qui se pointe.

La ligne suivante se transforme en déclamation ïambique [ta-DA] où les accentuations se déplacent pour produire une leçon d'épuration de phrasé très rythmique : [Je ne sais pas comment te dire ces mots / Je t'aime et je te VEUX]. Le beat est lancé et entretenu par la démarcation de chaque vocable, et ne déviera pas de sa trajectoire. Le propos demeure simple et limpide, avec la danse comme métaphore sexuelle centrale, comme c'est souvent le cas en chanson populaire. Le jeu discret des pronoms met subtilement en scène un triangle amoureux et un certain sourire traverse la pièce.

On retrouve le même principe de métrique ïambique pour un autre phrasé très dynamique, celui de Cauchemar6.30 de Robert Charlebois, qui va ainsi : « Envoye une autr' mon Alban / une autr' 'tite shot de whisky BLANC / Encore une autr' au plus sacrant / si t'étais moé t'en ferait auTANT […] » Traduit sous forme d'accentuation, cela donne une pulsation [ta-DA] répétée systématiquement sur des lignes de 8 pieds se succédant nerveusement sur une pulsation régulière.

Voilà une structure de phrase tout à fait française, parfaitement compréhensible, qui accentue tout ce qui doit l'être, sans efforts apparents et maintenue tout au long du morceau. Les allitérations en [T] et les assonances [an] permettent de rouler en bouche un phrasé pas ennuyant du tout, d'autant plus que les temps forts du texte tombent toujours sur ceux de la musique. Prosodie naturelle et constante, comme c'est toujours le cas chez Robert Charlebois.

6.26 - This is your brain on music, (De la note au cerveau), David Levitin, Plume, 2006, p. 170, trad. libre. 

6.27 - « La Compagnie créole : ça fait rire les carnavals » Marie-Christine Blais, La Presse, 10 fév. 2015

6.28 - Entrevue accordée à Alexandre Vigneault, La Presse, cahier Arts, samedi le 24 août 2013.

6.29 - Félicie, Martin Léon, Le facteur vent, La Tribu, 2007

6.30 - Cauchemar, Robert Charlebois, (Michel Choquette), Solidaritude, Barclay, 1973

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