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Les Ingrédients d'une chanson, chap. 6: Mise en musique, traduction et conclusion

La mise en musique

Lorsque vous choisissez une mélodie sur laquelle écrire, vous vous devez de la mémoriser et de l'assimiler dans ses moindre détails. Vous découvrirez quelles notes vous accrochent, quel passage mélodique (le hook)  vous émeut, ou quel roulement rythmique vous mettra pratiquement les mots en bouche. Repérez et sentez les temps forts et laissez courir votre inspiration, spontanément, afin de créer une ligne guide qui sera raffinée éventuellement.

Pour les littéraires : vos paroles se déclinent à l'intérieur d'un cadre rythmique additionnel à l'aspect littéraire, soit celui de la musique qui carbure sur des temps forts et faibles, des tensions et des relâchements, pour produire une mélodie et une structure qui devraient aboutir en crescendo. Pour arrimer des mots sur des notes, il ne s'agit pas d'accoupler arbitrairement des syllabes sur des durées mélodiques variables, sans considération de l'endroit où celles-ci tombent. Les accents toniques doivent s'appuyer sur les temps forts d'un phrasé rythmique pour ancrer le groove.

Dans ce processus, la valeur d'un pied occupera nécessairement un espace rythmique X dans la mesure, de la ronde à la demi-croche. Une ligne de 6 à 12 pieds se déploie en moyenne sur huit temps (deux mesures), avec, pour résultat, un espacement variable entre les valeurs. Moins il y aura de syllabes dans votre ligne, meilleure sera l'opportunité de favoriser les notes tenues et l'épanouissement d'une mélodie aérienne. Plus vous ajouterez de pieds pour la même valeur de temps, plus vos chances augmentent pour que vos lignes se transforment en une mitraille rythmique. À vous de choisir.

Projetez vos lignes, scandez-les, chantez-les sur des phrasés de vos compositeurs préférés. Exagérez-les, sortez-les du cadre habituel. Sentez la cadence, et entendez-les prendre leur dimension sonore. Rédigez sur une pulsation régulière, de façon à donner un swing et de la musicalité à vos lignes. Développer une sensibilité musicale est certainement un atout pour accroître la musicalité de votre expression et de vos accents, comme une musique de la langue.

Traduire et adapter, un exercice valable?

Une manière de casser la glace et de s'affranchir d'un collaborateur/compositeur pour débuter réside en la création de nouvelles paroles sur une chanson existante. Au gré d'un artiste ou d'une pièce de votre choix, empruntez-lui son phrasé ou sa mélodie. Vous y trouverez des avantages : vous disposerez d'une mélodie et d'une forme musicale éprouvées, et travaillerez en compagnie d'un compositeur qui vous laissera toute liberté créatrice, ne chipotera pas sur les détails et, qui plus est, ne vous coûtera pas un sou!

Un désavantage, en cherchant beaucoup? Bon, l'exercice peut sembler un brin aride vu ainsi, et ce n'est peut-être pas la vision la plus glamour du métier de parolier, mais si ce n'est que ça, sachez que des traductions et des adaptations de chansons, ça existe même chez les plus grands. Des chansons ont toujours été traduites d'une langue à l'autre et ont été des œuvres valables qui passent le test du temps. Simon & Garfunkel ont adapté El Condor Pasa du folklore péruvien. Francis Cabrel l'a fait avec Rosie, une chanson de Jackson Browne. Idem pour Joe Dassin, qui a chanté Le moustique du groupe The Doors (période post-Morrison) et Salut les amoureux, traduction de City of New Orleans.

Le groupe anglais The Kinks a vu plusieurs de ses chansons adaptées en français, notamment Apeman devenue Superman de Serge Lama. Jacques Brel a été traduit en anglais, etc. La liste pourrait être longue. Votre patron rythmique étant stable et se prêtant bien aux mots nouveaux, vous y trouverez une base de travail au début. Par la suite, si l'inspiration vous amène ailleurs, cela prendra la forme que ça prendra. Vous n'avez pas à vendre la mèche à qui que ce soit. Cela demeure entre vous et votre « source »...

L'exercice est valable à tous points de vue: il vous apprendra à vous astreindre à la rigueur d'une mélodie et apprivoiser la métrique des lignes, à débusquer les notes bleues, à mener à bien le développement d'une histoire et à vous familiariser avec la structure de la chanson. Bref, cet exercice est des plus formateur.

Comptez les syllabes, et faites les défiler comme autant de nombres, comme l'illustrait récemment Gilles Vigneault à l'émission Tout le monde en parle. Dans cet extrait, à 11:50 dans l'entrevue, il explique le type de "devoirs" qu'il demande aux participants de ses ateliers d'écriture. (La partie chanson qui nous intéresse de l'entrevue commence à 10:00.)

Ou encore, lorgnez du côté d'une langue que vous ignorez et adaptez un air que vous affectionnez. Ce n'est pas un geste vain. Le duo amérindien Kashtin a pondu des chansons mémorables en Innu, et proposent une base folk très accessible. Comme l'innu n'est pas une langue couramment parlé, les risque de se sentir influencé ou biaisé par le propos d'origine s'amenuisent, même si certains vocables évoqueront assurément des mots intelligibles et qui nous parlent.

« Écrit-on pareillement sur une mélodie qui vient d'une langue différente du français? » vous demandez-vous peut-être? À mes yeux, l'ingrédient principal à considérer est le transfert de l'accent tonique qui se doit de tomber, au risque de me répéter, sur le premier temps de la mesure avec lequel il coïncide. L'on voudra coordonner les accents des paroles et les temps forts de la mélodie pour conserver le sens de l'expression, épouser la ligne mélodique et le souffle de l'interprète. Voilà ce que le mariage des mots sur une mélodie implique. Voilà, selon moi, le sens de la prosodie.

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