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Les Ingrédients d'une chanson, chap. 7: A well-respected man (Un jeune homme bien)

A Well Respected Man marqua un tournant dans la jeune carrière du groupe rock The Kinks au moment de sa sortie, ceux-ci délaissant les riffs proto-punk à la You Really Got Me et All Day And All Of The Night pour une signature musicale plus anglaise et acoustique. Du coup, le EP d'origine sur lequel ce titre parut pris le nom de Kywet Kinks (lire « quiet », tranquille).1 L'observation du quotidien d'un œil satirique devint alors le dada de Ray Davies, le principal auteur du groupe.

Pour faire une histoire courte, ce portrait peu flatteur d'une certaine classe sociale conservatrice fut la réponse de Davies à une invitation au golf provenant de ladite classe - « Je ne serai pas votre caddy pop star! » - situation à laquelle il fut confronté à une époque où la réussite des artistes pop anglais – souvent issus de la classe ouvrière - leur permettaient d'accéder, non sans certaines frictions, à un niveau de vie plus bourgeois.

Cela résulta en virulent portrait soulignant la condescendance et les hypocrisies de ses contemporains aisés qui accordent beaucoup (trop) d'importance aux apparences. Il illustre des travers universels et humains bien reconnaissables derrière les particularités culturelles ou d'époque. La vie routinière réglée au quart de tour, le père qui trompe la mère, la mère qui cultive et manipule de jeunes gens naïfs, le fils qui attend que le père meure pour toucher l'héritage, et jusqu'à la mère qui décide des arrangements matrimoniaux de fiston, sont autant d'observations crédibles de comportements reconnaissables, et qui conservent une connotation et une résonance intemporelles.

Un morceau phare dans l'histoire musical de The Kinks.

Un jeune homme bien - Petula Clark

Un jeune homme bien est une traduction fort réussie de A Well Respected Man par Franck Gérald. Le morceau d'origine égratignant pour la peine la patine d'une certaine classe anglaise dominante, la version chantée par Petula Clark, bien que respectueuse du portrait social dépeint par Davies, n'a pas la même charge ironique alors que la traduction arrondit certains angles et détails de l'histoire : le même lever d'un jeune homme, mais [jamais plus tard que midi] ne reflète pas le même aspect routinier au quart-de-tour de sa contre-partie anglaise. L'usage du mot [ponctualité] respecte toutefois l'emplacement originel, comme c'est le cas pour les [oh] des débuts du refrain : [And he's oh so good] devenu [Il est oh parfait]. Le titre, symétrique, arrive à la même huitième mesure du refrain qui en contient douze.

Moins cinglante, l'on ressent presque de l'empathie envers ce jeune homme bien qui semble davantage victime des circonstances et de la hiérarchie de classes, que l'hypocrite arriviste anglais en v.o.. Néanmoins, le texte dépeint une réalité sociale et certains travers qui demeurent tout à fait reconnaissables, en tout ou en partie.

Incidemment, A Well Respected Man, par sa simplicité harmonique désarmante, laissa des traces sonores chez d'autres artistes, comme chez les Rolling Stones en Mother's Little Helper, et chez Claude Dubois pour la version originale de Comme un million de gens : même clé de Sol (G), construction acoustique et rythmique up-tempo similaires, avec le même coup de strumming final pour clore le morceau. Ces deux morceaux se trouvent aussi à être de très intéressantes observations sociales, avec un narrateur omniscient à l'oeil très aiguisé.

1 - The Kinks. "Well Respected Man", Kywet Kinks, 1965, Pye, NEP 24221, UK (7"/EP).

       The Kinks. "Well Respected Man", Kinkdom, 1965, Reprise, 6184, USA (12"/LP)

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