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Les Ingrédients d'une chanson, chap. 7: Personnages et situations reconnaissables

Le portrait dépeint, fut-il pour une histoire dramatique autant que fantaisiste, se doit d'être crédible tant sur les plans rationnel qu'émotionnel. On doit pouvoir y croire sans accrocher sur une ambiguïté, un sentiment fictif ou mettre en doute une intention de l'auteur et de son sujet, celui-ci fut-il un chat craignant de se faire émasculer par un vétérinaire et qui préfère prendre la poudre d'escampette pour sauver sa peau. On doit pouvoir y croire, point. C'est là qu'un auteur talentueux se démarque.

Essentiellement, on souhaite retrouver des personnages reconnaissables dans des situations reconnaissables. Même si c'est un jeune Belzébuth croisant un vieux matou clamant [On m'a ôté mes griffes / mais je sais bricoler / J'ai mis une lame de canif […] bien droite au bout de ma patte]7.6, on reconnaît des personnages et on assiste à un déroulement de motivations bien humaines auxquelles on croit.

À ces personnages, on voudra leur prêter un visage, voire un surnom - le « colonel » pour le vieux matou, par exemple - pour les identifier clairement, les voir évoluer dans le temps et l'espace, suivre leurs péripéties, les adopter et s'attacher à eux. L'auteur, à tout le moins, gagne à les identifier, à les voir clairement dans son esprit. Pourquoi? Lorsque l'esprit voit clairement, le cœur ressent plus profondément. Comme dans Belzébuth.

Une corde sensible

Au fond, la démarche ici est de faire résonner une corde sensible au plus grand nombre de personnes possible. Il est question de partager une émotion qui sonne vraie et qui le demeure en dépit d'un grand nombre d'écoutes. Idéalement, on espère que la pièce passera le test du temps, mais ça, seul lui tranchera la question.

En matière de corde sensible, l'amour arrive largement en tête, et ce sous toutes ses variantes et déclinaisons sur le même t'aime. Au-delà de cet aspect, la chanson reflète une panoplie infinie d'états d'âme selon les expériences de vie que le quotidien nous amène à vivre. Des paroles d'une chanson qui nous viennent à l'idée spontanément en trahissant le fond de notre pensée, qui n'a jamais vécu ça?

Les grandes chansons nous rejoignent notamment par la portée profonde de l'émotion, un scénario parfait ainsi qu'un déroulement linéaire impeccable. La simplicité du style malaxe habituellement le tout. La quête de l'absolu, l'amour de la vie, de l'amitié et de la liberté, l'émancipation et la persévérance sont autant d'aspects de la condition humaine qui résonnent pour autrui et demeurent toujours d'actualité.

Le texte de chanson obéit au mêmes règles que toute composition littéraire : introduction, développement et conclusion. Les émotions sont claires, le vocabulaire demeure simple. Des mains expertes peuvent bien prendre les libertés qu'elles veulent, mais il demeure que maîtriser ces règles demeure un incontournable avant de prendre un envol plus audacieux. Construisez vos lignes simplement, mais solidement : sujet-verbe-objet. Écrivez carré. Reliez les pronoms aux sujets qui les précèdent. Conservez les yeux sur la scène qui se développe dans votre esprit.

Notez aussi qu'il est plus facile de communiquer une idée ou une émotion si vous pouvez la ramener à une simple phrase. Et si celle-ci se trouvait, en plus, à sonner bien? Pourrait-elle alors servir de titre? Ma foi, si c'était le cas, vous seriez possiblement en affaire...!

7.6 - Belzébuth, Les Colocs (A. Fortin, R. Petit. A. Vanderbiest/A. Fortin) Dehors novembre, Le Musicomptoir, 1998

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