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Les Ingrédients d'une chanson, chap. 7: Symétrie, concision, évocation

La symétrie

Faire usage de symétrie correspond à déterminer quels mots seront repris par l'auteur dans la construction de la chanson.

À nouveau, Chantal Grimm : « [...] vous remarquerez aussi qu’il est nécessaire de répéter : la répétition [...] à certains endroits stratégiques du texte (surtout au début ou à la fin de chaque couplet) facilite la compréhension. Elle repose l’esprit. Elle donne du plaisir au corps. ».

La symétrie peut se décliner à tous niveaux : dans la disposition d'éléments qui se répondent sur l'ensemble du morceau, à certaines lignes précises, ou certaines charnières, comme dans Libérer le trésor : les [Martin dans le Nord regarde les nuages] et [Marie dans le Sud, les mâchoires serrées] ouvrent respectivement les deux couplets de la chanson, chacune mettant la table pour le retour du refrain, en déplaçant l'angle de la « caméra » qui opposent les sexes et la géographie dans le but d'accentuer l'universalité du propos par un effet de miroir.

La symétrie peut aussi se déployer dans l'ensemble d'un morceau en opposant les pronoms, comme dans  Ma photographe de Philippe B, où les couplets portent exclusivement sur [elle]: [Elle s'arrête pour prendre des photos / Elle s'achète des bijoux rococo / Elle s'attarde... / Elle regarde...].

Le refrain, lui, retourne l'éclairage sur l'observateur qui témoigne : [Et moi je ne la quitte pas / Je ne la quitte pas des yeux]. Répétez une fois, et vous avez une (courte) chanson de deux minutes.

Ou encore Claude Dubois qui, dans Comme un million de gens, ramène le titre sciemment à la dixième mesure des trois premiers couplets, pareil à un leitmotiv attendu et rassurant, avant d'entamer avec celui-ci l'ultime couplet qui mène au coda de la fin et appelant à l'émancipation d'un peuple. L'oreille est contente.

La concision et l'évocation

La contrainte de la durée dans le temps n'est pas la moindre à maîtriser. L'on sait que la durée moyenne d'un morceau varie de trois à cinq minutes, que le refrain devra se pointer dans la première minute, et que l'auteur voudra en dire un maximum avec un minimum de mots. La concision devient alors une alliée de taille, et le temps est compté!

À vue de nez, un texte contient dans la centaine de mots, à peu près. C'est un ordre de grandeur relatif, évidemment. Michel Pagliaro a écrit Travailler dont le texte consiste en cette seule répétition du verbe une poignée de fois. Néanmoins cet exemple exceptionnel, un parolier le moindrement exigeant aura pesé et soupesé chaque mot - sinon chaque syllabe - à l'aune du son, du rythme et du sens, et aura été tourné et retourné, testé, approuvé ou rejeté. Comme disent les chinois : « less is more ».

Le pouvoir d'évocation est celui de donner à voir, de susciter des images. Cela nous ramène au dicton d'Yvon Deschamps en début de chapitre. Encore là, cultiver l'art de mettre en scène des personnages reconnaissables dans des situations reconnaissables, clairement dans votre esprit, et de suivre la scène du regard contribuera à aller à l'essentiel sans perdre de temps. Pour vous aider dans cette quête, fuyez les abstractions, revenez aux « 5W », et laissez vos sens par l'ouïe, la vue, le toucher, le regard et le goût vous ancrer dans le réel.

À venir bientôt, chapitre 8: le thème

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