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Les ingrédients d'une chanson, chap. 8: Le thème: crédible et substantiel

Le thème gagnera à être crédible et vrai, à sonner une cloche, comme lorsqu'on se dit : « Je comprends tellement ce qu'elle, ce qu'il veut dire ». Par un fond de vérité, le propos vient nous chercher. Ce sont des chansons aux prémisses universelles : par l'observation du quotidien, d'un comportement reconnaissable, ces chansons traitent de la vie, de l'amour et du monde. La condition humaine y passe, et nous renvoie à chacun d'entre nous, souvent par la voie d'un questionnement ramassé en une formule puissante. L'identification, toujours.

Soutenir la répétition

Le thème sera fondamentalement porteur et apte à soutenir la répétition des écoutes avec la même authenticité. Comme pour le buveur solitaire de Zébulon dans Y a du monde qui s'aime:8.9  [ Tout seul encore à siroter dans un bar / J'ai pas vraiment soif mais c'est un réconfort / de voir qu'y en a d'autres comme moi qui trouve la soirée plate ], pour déduire, au refrain, qu'il [Y a du monde qui s'aime] et qu'il n'est pas du party.

La première ligne du morceau de Zébulon clarifie dès le départ les QUI [Tout seul = Je], fait QUOI [encore à siroter], QUAND [le moment présent, implicite] et OÙ [dans un bar]. Chacun des trois couplets alimente et développe le monologue intérieur, l'état d'âme du buveur solitaire vers sa conclusion inéluctable, la sortie du bar [ en ruminant mon p'tit refrain... ]. S'ancrer dans le réel ajoute une dimension concrète pour mettre en scène une situation. 

Une seule attitude claire 

Le texte ne devrait exprimer qu'une seule attitude et émotion claires. Ne courez après qu'un seul lièvre à la fois. L'éparpillement nuira à votre propos, au risque de devenir confus. Ne conservez qu'une seule ligne directrice, et obstinez-vous à maintenir le cap sur celle-ci. Ne creusez qu'un seul sillon. Vous n'êtes pas en train de rédiger une thèse, mais bien une œuvre de divertissement. Encore une fois, l'exemple de Y a du monde qui s'aime pour ce point est patent. Il n'y a qu'une seule idée, renforcée et réitérée tout au long du texte. 

De la substance 

Ce que vous avez à partager gagnera à avoir un minimum de substance, et refléter un angle, un point de vue qui vous appartient en propre autant que possible. Pas de redite et du déjà entendu cent fois. Vous voulez vous en convaincre? Allumez la radio commerciale et suivez les titres en fortes rotations. Les « On va s'aimer » entendus mille fois, les clichés éculés de l'amour davantage proches de la pensée magique que de celui réellement ressenti – et qui fait souvent mal - ne nourrissent plus l'âme depuis longtemps, s'il l'ont déjà fait. 

Mettez-y un supplément d'âme, comme le chantait France Gall à propos de la grande Ella Fitzgerald dans Ella elle-l'a. On aime avoir de la substance fraîche à se mettre sous la dent. On aime à savoir ce que vous avez « dans le ventre » comme parolier. On aime découvrir un style, une signature, un ton, un propos qui ne ressemble qu'à vous. Pas besoin d'intellectualiser à outrance; une émotion ramassée en une ligne forte et imagée est tout ce que l'auditeur demande. Fiez-vous à votre instinct.

Sous un jour favorable 

En principe, personne n'est intéressé à se retrouver sous un jour négatif, à moins de se placer dans un angle défavorable ou auto-dérisoire dans le but de servir la chanson, comme Michel Rivard en gars coincé dans Ginette, Daniel Boucher en baveux dans La désise : [Je suis un crotté, un égocentré...];8.10 ou le Bon gars8.11 névrosé de Richard Desjardins : [Quand j'vas être un bon gars / Pas d'alcool pas d'tabac...], dans la quête de l'acceptation sociale qui mène à l'aliénation personnelle. 

Cela dit, l'usage de titres dépréciatifs n'est pas rare en chanson : les Ordinaire, N'importe quoi, Le monde est à pleurer, La vie est laide font partie du patrimoine chansonnier et de nos vies. Tant que le thème vous porte et que vous êtes en mesure de l'assumer, la chanson mérite d'être écrite. 

Auto-suffisante 

Enfin, ne perdez pas de vue que votre chanson doit s'auto-suffire en principe en 3 ou 4 minutes. Elle doit se défendre par elle-même, sans besoin d'un éclaircissement ni d'informations supplémentaires. Elle est autonome et se passe de commentaires explicatifs. Sinon, il y a de quoi qui cloche. À moins qu'elle ne fasse partie d'un ensemble plus large ou d'une comédie musicale, mais même à ça; une bonne chanson se suffit à elle-même. Les opéras-rock de Luc Plamondon, pour ne donner que lui comme exemple, en font la démonstration.

8.9 - Y a du monde qui s'aime, Zébulon, Zébulon, Audiogram, 1993
8.10 - La désise, Daniel Boucher, Dix mille matins, GSI Musique,1999
8.11 - Le bon gars, Richard Desjardins, Tu m'aimes-tu, Foukinic, 1990

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