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Les ingrédients d'une chanson, chap. 8: Le thème, une composante nécessaire

La création du titre Où sont les gens de bonne volonté?8.5 résulte d'une vision claire, dès le départ, de ce que je souhaitais obtenir au final. Au niveau du texte, j'y allais d'un amalgame d'idées, de lignes et de titres ayant mûri dans mon esprit sur quelques mois : étant un enfant des années 60, les assassinats des frères Kennedy et celui de John Lennon en 1980 ont, comme pour l'ensemble de la population à l'époque, frappé l'imaginaire. 

À partir d'une première ligne pondue et qui m'allumait particulièrement, soit : [Feu, John Lennon, John et Bobby Kennedy / feu Malcolm X, Luther King et Marvin Gaye], tous décédés d'une décharge d'arme à feu, j'en suis venu à vouloir construire une chanson dans laquelle je m'interrogerais à propos de la perte de modèles, de « héros » - menant une quête pour une émancipation individuelle et/ou de leur société, et ce jusqu'au détriment de leur propre vie - à une époque, les années 90, ou la globalisation se mettait en branle et où l'individualisme prenait graduellement le pas sur le bien commun. Combien différente la société occidentale aurait-elle été, ceux-ci ayant vécu, cela restera à jamais de la spéculation... À tout le moins, telle était ma perception qui bouillonnait à ce moment-là. 

En arrière-plan à ce remue-méninges tournait dans ma tête No More Heroes8.6 du groupe anglais The Stranglers, résumant une facette sous-jacente du propos qui m'habitait en une image bien tassée, bien qu'elle ne fût pas la mienne, et donc inutilisable. La perte de mon père durant cette période d'incubation s'est ajoutée à ma cogitation, et je me suis retrouvé avec une table mise pour un texte aux possibilités philosophiques bien senties, dans laquelle une certaine inquiétude m'habitait quant à la possibilité de voir à nouveau des gens se lever au nom du bien commun, au risque d'y laisser leur peau : [ Et si je disais ce qu'on ne veut pas entendre / serait-ce pour prendre la chance de me faire descendre...? ]. 

La dynamique des lignes du couplet laissait deviner une allure musicale davantage rock que pop, avec guitares à l'avant-plan. Je voulais miser sur une alternance d'un couplet en mode mineur introspectif, suivi d'un refrain en mode majeur contrastant et revendicateur, pour faire valoir ce que je percevais. 

J'ai alors demandé à la compositrice Nathalie Huot de produire une musique selon ce paramètre musical précis, avec en tête le titre (What's so funny about) Peace, Love and Understanding8.7 pour la fougue et la couleur revendicative, et pour son refrain en mode majeur. Ce type de structure musicale n'est pas rare en chanson, et il convenait parfaitement à ce que j'avais en tête. Incidemment, des préoccupations similaires sous la forme interrogative influenceront la structure de mon propre texte. 

Le résultat de cette idée de chanson fut-il atteint? Quant à mon objectif de départ, j'ose croire que oui. Formellement, j'ai suivi mon plan. Je souhaitais produire un commentaire social doublée d'un appel à tous relevant, à mon sens, de l'absence de leaders forts, et du peu d'empressement de la relève à se présenter au bâton si c'est, ultimement, pour se faire « ramasser » et payer de sa personne : [Où sont les gens de bonne volonté, quand on a besoin d'eux? [...] Leur avons-nous donné le goût de rester chez-eux / Nous auraient-ils laissé tomber...?]. Telle était l'aboutissement de ma réflexion. Y suis-je parvenu? À vous de juger. 

Une composante nécessaire 

Toutefois, et pour revenir au propos de Stéphane Venne, lui-même se rallie en bout de piste : « Bien sûr, le sujet fait partie de l'idée d'une chanson [...] Mais le sujet n'est pas l'idée. » poursuit-il, avant de conclure : « […] le sujet est une composante nécessaire de l'oeuvre. Et cette composante doit être maîtrisée comme les autres. Car personne ne doit se demander devant une chanson dans sa propre langue « de quoi il parle au juste, le chanteur? » à cause de mots maladroits ou de construction de phrase sans queue ni tête. »8.8 

Et voilà. Le thème, comme une part d'âme sur laquelle on devrait pouvoir mettre le doigt, et la ramener à une seule ligne.

8.5 - Où sont les gens de bonne volonté, Pierre Jolicoeur/Nathalie Huot, Terre et ciel, 1997 

8.6 - No More Heroes, The Stranglers, No More heroes, UA, 1977.  

8.7 - (What's so funny about) Peace, Love and Understanding, Elvis Costello & The Attractions, (Nick Lowe), Armed Forces, Columbia, 1979 

8.8 - Stéphane Venne, Le frisson d'une chanson, Stanké, 2006, pgs. 290, 291, 295 
Extraits reproduits avec l'aimable autorisation de M. Stéphane Venne

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