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Avez-vous de quoi à dire - 4: Écrire au JE

Dans le plaisir qu'il y a à découvrir un nouvel artiste, l'intérêt de faire la rencontre d'une nouvelle voix prime parfois sur les autres atouts dudit artiste; il y la voix audible certes, mais il y a surtout celle intérieure; on veut savoir ce qu'il a dans le ventre, de quel bois il se chauffe, cet animal-là!

En tant que public intéressé par le texte, ce qui m'intéresse, c'est de faire votre rencontre comme auteur. Car depuis Dylan, il faut avoir de quoi à dire. Quelque chose d'authentique, d'intéressant, d'unique à VOUS!

Parlez-nous de vous; de votre vision de la vie; des rapprochements incongrus qui vous sautent au visage et qui vous sont propres; de votre lecture d'évènements publics ou plus personnels. Soyez à l'écoute des histoires dans votre entourage, et sachez repérer la phrase-qui-tue qui pourrait faire un bon titre de chanson;  notez les remarques qui vous traversent l'esprit comme une balle. Vous êtes le cœur et l'âme de cette expérience de communication qu'est une chanson. Il faut pouvoir se trouver un « supplément d’âme » à partager, comme chantait France Gall à propos d'Ella (elle l'a) Fitzgerald; avoir le sens de raconter une histoire qui capte l'attention des autres, utiliser des mots du quotidien, et est on est déjà de la graine de parolier!

Avant tout, faites-vous confiance et parlez de ce que vous connaissez, racontez ce qui vous a ému et écrivez au Je. Vous ne pouvez pas vous tromper si votre sentiment est authentique; personne ne saura vous en tenir rigueur.  Mais ça prend un sentiment suffisamment fort au départ, c'est-à-dire qu'il vous remue assez pour sentir le besoin de le coucher par écrit. Et là, si on est occupé à autre chose, on lâche tout, et on va écrire!

Comme le souligne Robert Léger dans Écrire une chanson: « Vous serez touchant si vous faites l’effort de vous livrer vraiment, au risque de ne pas être aimé, d’être rejeté, de vous décevoir vous-même. Par contre, si vous évitez de vous exposer, vous ne dérangerez personne, et personne ne vous verra, ne vous aimera vraiment. »

Dans son bouquin en pages 39 à 43, Léger peint une description introspective du processus de création du texte, que je recommande de lire; c’est exactement ça!  L’émotion, le bouillonnement parfois exceptionnel qui déborde vaut la peine d’être jeté de façon brut, pour ensuite le laisser refroidir. Avec le recul, on verra si l'écrit conserve sa force d'impact ou pas. Mais le premier jet, lui, doit se vivre le plus intensément et librement possible, jusqu'à épuisement de la veine, afin d'avoir le maximum de matière pour la réécriture.

Donnons le mot de la fin à Bob Dylan: à la remarque "L'on sent dans vos chansons, comme celles de Woody Guthrie, que c'est une vraie personne qui cause, tel la ligne "You've got a lot of nerve to say you are my friend." ("T'en as du culot de te prétendre mon ami"), Dylan répond:

"C'est une autre façon d'écrire une chanson, bien sûr. Juste de parler à quelqu'un qui n'est pas là. C'est la meilleure façon. C'est la plus authentique des façons. Ça devient alors une question de rendre le discours le plus héroïquement possible. Pour moi, c'est une quête qu'il vaut la peine de poursuivre." *

* 'Songwriters on songwriting", p.79

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