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Elvis Costello 101

Il en fallait du culot à son manager pour baptiser du plus célèbre prénom rock un jeune auteur-compositeur-interprète surdoué d'à peine vingt-deux ans, et un brin difficile à vendre au départ.

Sauf que... Une fois sur sa lancée, Elvis Costello allait vite devenir le « modèle de l'année » 1978, et devenir une des voix les plus durables et reconnaissables que la première vague punk allait livrer, lui qui était de la mouture originelle de 1977 et qui aura donné les Sex Pistols, les Stranglers, les Clash, Damned et autres Dead boys... Une génération dont les artistes et les carrières furent souvent éphémères, mais dont les traces subsistent toujours quatre décennies plus tard.

Un enfant de la balle, Costello. Né Declan Patrick McManus le 25 août 1954, de souche irlandaise. Son père Ross, musicien de carrière, l'initie aux rudiments du métier, notamment par une participation aux voix pour une publicité de limonade renommée en Angleterre; McManus père aura fait la musique et interprété la pub en 1973 et qui jouira d'un certain retentissement populaire.

Dès l'âge de seize ans, le jeune McManus jouait déjà dans les pubs anglais, en digne représentant de la scène pub rock, qui préconisait un retour aux racines et à la simplicité du rock 'n roll, déjà rendu à l'étape de la virtuosité musicale et des grands stadiums. Oeuvrant sous le pseudo de D.P. Costello, il tentera maintes fois de se dégoter un premier contrat de disque sans réel succès. Stiff Records le repèrera comme auteur de chanson pour Dave Edmunds, sur la base du démo de « Mystery dance » qu'il leur avait alors soumis.

Edmunds n'étant pas convaincu, Costello enregistra alors plusieurs de ses chansons avec le groupe américain Clover (alors basé à Londres et dont certains des membres se joindront éventuellement à Huey Lewis and the News) pour les lui proposer. Il couche une douzaine de titres sur ruban en quatre sessions de six heures totalisant £ 1000 en prenant des congés de maladie de son boulot de commis aux données chez Elisabeth Arden, qu'il qualifiera de « vanity factory » dans « I'm Not Angry ».

D'où cette impression de « super démo » qui se dégage de « My Aim Is True », premier album d'Elvis Costello. Le son est cru et mal léché, un peu à l'image de sa pochette où on le voit en Buddy Holly déglingué, mais tout est là, tant les chansons et la solide livraison qu'il en fera, que la voix unique et cinglante, ainsi que l'émotion, la lucidité sidérante et cette colère sourde qui suinte de partout.

Suffisamment impressionné, Stiff Records décida finalement de le lancer et lui demanda de quitter son emploi et de faire le saut professionnellement, en cette période punk sur le point d'aboutir.

Pour faire une longue histoire courte, on peut partager la carrière professionnelle de bientôt trente-cinq ans d'Elvis Costello par les périodes de 1977 à 1985, alors qu'il ne s'est produit qu'avec les Attractions (Steve Naive aux claviers, Bruce Thomas à la basse et Pete Thomas batteur, aucun lien de parenté avec le précédent) et de 1986 à ce jour avec des groupes aux configurations variables, mais presque jamais sans son plus fidèle collaborateur, son pianiste et organiste depuis 1978, Steve Naive.


Les Attractions sont disparus au milieu des années quatre-vingt-dix, mais Naive, ainsi que le batteur Pete Thomas sont restés pour la deuxième mouture du groupe devenu The Imposters, Davey Faragher (de Cracker) remplaçant un Bruce Thomas déchu du groupe.

Elvis Costello peut se targuer d'avoir plus d'une trentaine d'albums à son actif, ce qui représente une moyenne d'un album par année dans son cas, ce qui le classe dans la lignée des Zappa, Dylan et McCartney pour la quantité, la qualité et la constance de sa production.

Son premier vrai grand succès viendra toutefois à la traine de son premier album, alors qu'il enregistre « Watching the Detectives » avec des membres du groupe The Rumour et son tout nouvel acolyte Naive.

La somme de travail des sept premières années représente donc neuf albums originaux, plusieurs singles décapants et parfois controversés, une plume acérée, des controverses, des mélodies jouissives ou à fendre l'âme, des faces B intrigantes, une technique guitaristique qui n'a rien à envier à personne et un groupe de soutien de premier ordre, avec un son et une identité clairement définis. Bref, un début de carrière fulgurant, à l'image de son célèbre Pump It Up, désormais un hymne d'aréna et de match de hockey...

Parlons-en, de la plume d'Elvis Costello. Parolier d'exception, fier descendant de Bob Dylan à qui il emprunte au départ le ton souverain et hargneux, son imagerie et ses personnages surréels, sa verbosité et souvent son venin, Costello est un verbo-moteur qui carbure aux jeux de mots assassins, avec pour thème obsessionnel l'amour, mais principalement sous l'angle de « la culpabilité, du ressentiment et de la jalousie » comme il l'a déjà laissé entendre en début de carrière. La colère comme source d'énergie, avant l'invention du Red Bull, reflet de la première époque décapante du punk.

Ma préférée du premier album sur le plan des textes est certainement la pièce "Waiting for the end of the world", sombre histoire de terreur qui se passe dans un train et qui se termine alors qu'il déclame, virulent: "Vous les verrez peut-être se noyer en vous promenant sur la plage / Mais ne leur jetez surtout pas la bouée de sauvetage avant d'être sûr qu'ils soient hors de portée..." Et que dire de son "Seigneur, j'espère sincèrement que vous allez revenir / Parce que vous avez vraiment déclenché quelque chose..."

Sur le plan musical, Costello a déjà été qualifié d'« encyclopédie de la pop ». Il est vrai que sa maîtrise de plusieurs genres musicaux est étonnante, voire déroutante, à commencer par la « country music » dont une chanson était incluse sur chacun de ses cinq premiers albums, culminant avec « Almost Blue » enregistré à Nashville en 1981, et par la suite « King of America » en 1986, qui marque le second début de sa carrière. Il aura aussi donné dans le rock, la soul, le blues, le jazz, et pourquoi pas dans le classique et l'opéra!

Elvis Costello est un goût acquis, certes, et la maîtrise de sa langue est telle qu'elle passe facilement au-dessus de la tête du francophone dont l'oreille est peu habitué à un tel barrage langagier dans la langue de J'expire....

Sa voix peut être rebutante pour certains; idem pour la générosité débordante de sa musique, dont la richesse dans les thèmes, les structures et les mélodies, les arrangements et l'exécution peuvent saturer bien des oreilles peu entraînées à autant de contenu.

J'en veux pour exemple cet ami beatlemaniaque qui, en 1980, trouvant l'album Get Happy!! imbuvable, se fit une joie de me le filer pour s'en débarrasser, alors que, tout intrigué, j'entrepris d'apprivoiser cet étrange animal aux vingt chansons hyper-vitaminées, soit dix pièces de deux minutes par face, une vraie de vraie bizarrerie comme seule cette époque incongrue pouvait en produire. Et pourtant, s'il y eut un groupe aussi inventif et généreux dans la musique, les textes, les arrangements, et la qualité dans la quantité, ce fut bien les Beatles...! Pas étonnant donc que Costello entretiendra par la suite une solide collaboration musicale avec Paul McCartney de 1989 à 1996.

Je verrai l'Elvis cette fin de semaine à Osheaga pour la cinquième fois depuis les années '80, alors que j'étais allé le voir à New York, dans une folle virée de fin de semaine en août 1984. Parti de Montréal en voiture à minuit la veille, j'étais accompagné de quatre amies de fille dans le but de voir Costello, puisqu'il ne venait plus à Montréal alors.

Juste l'arrivée dans le trafic new-yorkais du samedi matin, après toute une nuit à rouler, était une pièce d'anthologie en soi, puisque c'était l'équivalent d'une grosse heure de pointe à Montréal! Laissez moi vous dire qu'on avait intérêt à ne pas louper notre sortie, et que ça roulait en pas pour rire...

Mais quelle virée et quel spectacle mémorable ce fût au Forest Hills Stadium, amphithéâtre à ciel ouvert d'environ 10,000 personnes. Elvis est mort? Bof, c'est pas grave, c'est l'AUTRE Elvis qui est le roi depuis trente-cinq ans; Elvis is KING!!

Billet pour le spectacle d'août '84 d'Elvis Costello

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