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Jim Morrison, parolier et poète

Symboles, mythes et autres archétypes, l'univers des chansons des Doors puise dans l'inconscient et pullule de reptiles et d'animaux, de vaisseau de crystal, de méfiance, d'auto-stoppeur meurtrier, de fils patricide, de parade molle et de vierge chargée d'or et d'argent, sans parler de visions apocalyptiques et de pulsions sexuelles inassouvies, dans un contexte de perceptions altérées psychédéliquement et de « long dérèglement raisonné des sens », formule chère à Rimbaud.

Ayant pratiquement tout lu de la littérature de son temps, Morrison prenait plaisir à nager « sous les lignes de flottaison intime » du subconscient, comme le chantait jadis Noir Désir. Morrison recrache le tout de façon littéraire et organique, usant d'imagerie, de provocation et de sexualité. Il se voit poète, visionnaire, chaman.

S'inspirant fortement des poètes symbolistes, les William Blake, Rimbaud, Beaudelaire, Whitman, Jack Kerouac et autres Beatniks, la poésie et les textes de Morrison sont pour la plupart brillants et authentiques, et témoignent de sa profonde culture. Ils sont aussi très musicaux, sonores et rythmiques, du matériau oral de choix pour de la chanson.

Parfois, le poète n'évite pas les clichés et une certaine facilité, notamment pour la rime sonore. Son sens rythmique, lui, demeure infaillible et est partie prenante de ses aptitudes de compositeur et de musicien. Le blues et son imaginaire, ainsi que l'improvisation - préparée - sont aussi des composantes essentielles de son expression artistique.

La méthode de travail des Doors ressemblait en gros à ceci, soit: des étincelles de départ spontanées ou tirées des cahiers de poésie de Morrison, qui, par la suite, nécessitaient d'intenses périodes de collaboration et de mise en musique par le groupe. Il ne semblait pas rare qu'ils aient eu à coucher des pistes sans la présence du chanteur (When The Music's Over, par exemple...)

Même son laïus « révolutionnaire » immortalisé lors de l'incident de Miami (« I ain't talkin' about no revolution ») et qui semble, à prime abord, spontané, est un extrait de « Rock is dead » (à 3:50) longue impro du groupe qui ressemble davantage à une ébauche d'une longue pièce concept dont les Doors avaient le secret.

La fluidité rythmique chez Jim Morrison le parolier est possiblement l'aspect le plus insaisissable de son art, et qui devient particulièrement frappant à l'écoute de « An American Prayer », que les Doors ont crée à la fin des années '70 sur les sessions de lecture que Morrison avait enregistré le jour de son vingt-septième anniversaire.

La forte imagerie symboliste, la charge poétique et politique de ses meilleurs textes et le sens du rythme intrinsèque à sa poésie auront contribué à en faire un parolier d'exception. Surtout, la poésie pour Morrison existe oralement et est faite pour être entendue, dans la tradition Beatnick de l'époque. On peut l'entendre dans « Rock is dead pt.2 » suivre John Densmore en guise de démonstration, et conduire le groupe au travers du morceau.

En définitive, Jim Morrison savait faire sonner et danser les mots, en plus de nous mettre des images plein la tête, y eut-il un support musical tenu par le groupe, ou pas. Pas de doute, c'est être musicien que de savoir faire ça.

« Words dissemble, Words be quick / Words resemble walking sticks / Plant them they will grow / Watch them waver so / I´ll always be a word man / Better then a bird man »

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