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John Fogerty: maître-d'oeuvre

Pas vrai que je vais rater à nouveau le passage de John Fogerty à Montréal le 21 mai prochain. C'est son deuxième spectacle à vie ici, et il semble qu'il n'ait pas raté son coup la dernière fois en 2007. Dieu sait ce que la vie nous réserve; l'ex-leader de Creedence Clearwater Revival (CCR), groupe américain archi-connu et reconnu de la fin des sixties et qui a viré le palmarès à l'envers au tournant de cette décennie, aura bientôt l'âge vénérable de 64 ans à la fin de mai. Ouf! Le temps file et nous passe sur le corps, mais pas sur le sien semble-t-il; il a encore l'énergie d'un gamin!

M. Fogerty nous gâte avec une seconde visite en vingt-deux mois. Juste pour relativiser, vingt-deux mois dans l'histoire de CCR, c'est l'essentiel de l'oeuvre enregistrée de la sortie de l'album éponyme en juillet 1968 jusqu'à Cosmo's Factory en juillet 1970 en vingt-quatre mois bien tassés. Moyenne d'un album aux 6 mois, des singles comme Proud Mary, Bad Moon Rising, Green River, Lodi et j'en passe. Imaginons de nos jours, en moins de vingt-quatre mois un jeune de 23, 24 ans influencer aussi profondément l'histoire de la musique populaire occidentale;  c'est presque utopique! Ou alors on parle d'un Beck, et encore, sans rien vouloir lui enlever...

Un bref rappel ici. Si on remonte à la source de CCR, on trouve les Golliwogs, soit les même quatre qui allaient lancer leur premier album éponyme  Creedence Clearwater Revival en 1968. Avec John fermement en place dans le siège du conducteur  (comme auteur-compositeur, vocaliste et frontman, guitariste lead mélodique, parolier habile et parfois polémiste, arrangeur et producteur des albums juste ça!), le groupe allait mettre le feu à la planète Pop de l'époque. En trois ans, ils sortiront 7 albums et 22 simples; en 1969 seulement, ils ont sorti trois albums de matériel original, matériel qui est entré dans l'histoire musicale depuis, mais aussi dans nos têtes et dans nos coeurs. Il est le fondateur du mythe des Bayous dans le rock américain avec son style swamp-rock et a été intronisé au Rock 'n Roll Hall Of Fame en 1993 par Bruce Springsteen. Bref, le gars a une feuille de route.

Mine de rien, M. Fogerty célèbre en 2009 cinquante ans de carrière par une tournée pan-canadienne  débutant ces jours-ci dans les Maritimes, et qui roulera jusqu'en juin. Cinquante ans de carrière, le père Fogerty, INCROYABLE!! Et il semble toujours avoir l'énergie d'un gamin; son dernier album, Revival, est sûrement l'un de ses meilleurs de sa carrière post-CCR, peut-être le plus constant au niveau du son et de l'attitude rock.


Toutefois on ne peut pas dire que Fogerty l'ait eu facile dans sa carrière post-Creedence. On peut parler de périodes en dents de scie depuis la fin du groupe en 1972; le quasi-silence des années '70 et son blocage créatif, suivi du succès populaire, Centerfield (1985), re-suivi d'allers et de retours dans la lumière et la pénombre, pour finalement sembler ré-émerger définitivement et reprendre sa place chez les songwriters américains actuels.

S'il est un trait de personnalité dont on peut affubler John Fogerty, c'est celui de perfectionniste. Ceci pourrait expliquer en partie la complication de la carrière de l'homme.

Ce point ressort particulièrement dans l'entrevue tirée de Songwriters On Songwriting et qui a été menée au milieu des années quatre-vingt-dix par Paul Zollo pour le défunt magazine Musician, et que l'on peut lire en français ici. Il relate combien il lui est difficile de rédiger les textes, et que ceux-ci arrivent à un moment bien précis dans sa démarche chansonnière. Il parle de ses « ingrédients de base » à lui, et précisément.

Comme parolier, Fogerty a toujours eu le coeur au centre-gauche, avec un point de vue sympathique au travailleur et au gars qui a les deux pieds dans la réalité, sinon dans la misère. Il sait être lumineux, (Lookin' Out My Back Door) mais aussi apocalyptique (Bad Moonn Rising). Il use de satire sociale via une histoire digne d'un film de série B, "It Came Out Of The Sky", hilarante (et toujours contemporaine) surenchère médiatique à propos d'une roche tombée du ciel. Le pathos est présent et crédible chez Creedence, depuis la première note de "I Put A Spell On You" qui ouvrait l'album éponyme, notamment par le blues qu'ils ont maîtrisé comme personne.

Opiniâtre, Fogerty n'a jamais hésité à prendre position politiquement dans ses chansons, ni à se priver de le faire en public, comme à l'inauguration du nouveau président américain en 2000, en offrant à un certain G.W. Bush un "Fortunate Son" bien senti (à la fin d'un medley incluant  "Travelin' Band" et "Proud Mary"), qui dénonce allègrement les gosses de riches, de sénateurs mais aussi - tiens donc! - de ceux qui envoient les jeunes servir de chair à canon à la guerre... Échos du Viet-Nam, mais aussi d'autres malheurs à venir, comme une prémonition... 


Une anecdote au sujet de son perfectionnisme et dont vous serez juge: grâce à Youtube, on retrouve en ligne des extraits lives et rares de CCR au festival de Woodstock en juillet 1969, qui n'est pourtant pas un fait d'armes dans la carrière du groupe. En effet, Fogerty avait refusé que la performance soit incluse dans le film, ne la jugeant pas à la hauteur des plus hauts standards du band! On parle vraiment d'une autre époque...


Merci à Stéphane Lamarche pour la trouvaille.

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