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La forme AAA : la plus ancienne des formes

La forme AAA est la plus simple et la plus ancienne des formes de chanson. Elle remonte loin dans le temps, peut-être même jusqu'à La chanson de Roland, mais elle s'est précisée au fil des siècles. On dit qu'elle est une forme simple puisqu'elle favorisait à la base la transmission orale de traditions et de poèmes en en facilitant la mémorisation. Ce qui en fait d'office la forme idéale pour les chansons à texte, où la parole prend souvent le plancher.

À la base, il s'agit d'une répétition de couplets qui se suivent sur une même mélodie. Une fois qu'on en a entendu un, les autres épousent de près le même schéma mélodique, à quelques notes près afin d'accommoder le texte et ajouter de légères variantes mélodiques spontanées.

L'appellation AAA est générale; on en répète les couplets tant qu'on en a besoin. Les chansonniers folk ont adopté cette forme depuis longtemps. Grâce à sa simplicité, on laisse place au texte et à la revendication, mais pas seulement, ni obligatoirement. On peut y aborder tous les sujets que l'on souhaite.

Prenons par exemple la pièce "Do That To Me One More Time" du duo Captain & Tennille.


Voici une représentation minimale de la AAA: les deux premiers couplets sont distincts l'un de l'autre, et sont suivis d'une reprise instrumentale de la même progression harmonique. L'on revient ensuite avec la répétition du premier couplet comme troisième et dernier couplet. On enchaîne par la suite avec une répétition (en coda) de la variante sur le titre ("Do that to me once again") pour se terminer par le titre en phrase ultime; la simplicité même.

"Johnny, Tu N'es Pas Un Ange" chanté par Edith Piaf démontre bien que la forme AAA, qui est tout  aussi présente du côté de la chanson francophone, ne date pas d'hier...


Dans les deux premiers couplets, Piaf s'adresse directement à son amoureux, en terminant avec la ligne "Si tu étais plus galant / Je t'aimerais tout autant". Toutefois pour le dernier couplet, l'on passe du spécifique au plus général en dressant un portrait plus large du comportement masculin à qui "Il faut tout (...) pardonner".

À l'opposé, la chanson « Le Gorille » de Georges Brassens se déroule sur neuf couplets, chacun amenant une nouvelle dimension à la rencontre tragi-comique d'un « jeune juge en bois brut » et d'un gorille qui souhaite ardemment perdre son « pucelage ». Chaque couplet se termine par un « Gare au gorille » ironique et prophétique...


La forme classique est de huit vers sur seize mesures avec un minimum de trois couplets; toutefois cela reste très variable. Par contre, c'est clair qu'on y retrouve ni refrain, ni pont; il s'agit d'une mélodie continue qui se déploie sur l'ensemble du couplet. À la fin dudit couplet, à défaut de préparer une envolée d'au moins huit mesures (ce qui donnerait dans les faits une nouvelle partie qui ferait office de « pic », de sommet musical, soit un refrain), on sent plutôt un effet de conclusion, d'arrêt avant de repartir sur un nouveau couplet. Chaque partie est complète en elle-même, mais fonctionne à l'intérieur d'un tout, tel des vignettes qui forment un portrait plus large.


"The Wreck Of The Edmund Fitzgerald" chanté par Gordon Lightfoot en 1976, est une composition en rythme ternaire (6/8) et en sept couplets de 20 mesures chacuns et d'une durée de plus de six minutes, racontant le naufrage du S.S. Edmund Fitzgerald sur le Lac Supérieur en novembre 1975. Grâce au dépouillement de la forme AAA, l'emphase est mise sur le texte qui raconte sobrement la tragédie. Ce titre fut, incidemment, le dernier des grands succès de Lightfoot au palmarès.

À suivre: « Comme Un Million De Gens » de Claude Dubois.

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