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La forme AABA: l'élégance mise en musique

«  La structure AABA, avec ses quatre blocs de huit mesures, est à la base de toute musique populaire occidentale, fût-elle recherchée, de type folk ou pour le théâtre. » - Lehman Engel

Cette citation (traduite librement) ouvre le chapitre du livre de Sheila Davis, The Craft of Lyric Writing, et illustre bien l'importance de connaître cette forme primordiale dans la musique populaire.

La forme AABA (ce lien en anglais est pas mal plus bavard que celui plus haut) est la forme privilégiée pour exprimer l'émotion d'un moment, et propice à mettre en lumière un état d'âme. Ses parties coulent de source, ses mélodies sont élégantes et raffinées, et sa structure favorise l'unité dans le temps, le lieu et le propos. C'est la structure de maints standards de jazz.

Il faut comprendre en premier lieu que ces chansons ont d'abord été crée en tant que mélodie. Comme l'explique Sheila Davis, « Lorsqu'un compositeur crée une mélodie qu'il porte en lui, il va de soi que, plutôt que d'avoir à en créer une pour accommoder un texte déjà existant, une mélodie supérieure en résultera inévitablement. » Serait-ce là un secret bien gardé du succès de certaines chansons qui ont cette forme?


D'OÙ VIENT LA AABA?

Elle originerait de Broadway au tournant du XIXème/XXème siècle. Cette forme était en fait le refrain (!), le coeur de la chanson, dont les couplets servaient à alimenter l'histoire et à mettre en valeur la vedette d'alors. En famille, autour du piano, les personnes s'étant procuré la version papier du morceau (on est avant le phonographe là!) ne retenaient et ne chantaient principalement que ce méga-refrain de trente-deux mesures.

Les éditeurs de musique (entre autres), gens d'affaires avisés s'il en est, ont probablement contribué à faire réduire progressivement la taille de ces chansons auprès des compositeurs pour n'en garder que la « substantifique moëlle », comme on dit, soit quatre parties de huit mesures découpées de la façon suivante: une mélodie se développant sur huit mesures, (un premier bloc A), suivi immédiatement d'une répétition du même bloc (A-A).

S'ensuit alors un troisième bloc qui porte souvent le nom de pont (connu aussi sous le nom de middle-eight) qui amène une dynamique différente, donc une variante dans le texte et dans les accords. On y glisse un angle, un contraste ou tout élément qui ne peut aller ailleurs dans la pièce (A-A-B).

Mais si l'arrivée du pont est inévitable dans la forme, le retour à un troisième bloc A est inévitable, d'où résulte la forme A-A-B-A qui va aller chercher un minutage de deux à trois minutes idéalement.

Mais depuis Cole Porter et « Night & Day » en 1932, qui a fait passer la forme de trente-deux à quarante-huit mesures, plus personne ne se sent contraint à en demeurer à trente-deux.

L'on remarque dans cette interprétation d'Ella Fitzgerald la présence d'un couplet d'introduction dont peut se passer la pièce. Dans les années trente, ce type de couplet aura pratiquement disparu.

La chanson le plus reprise de l'histoire, « Yesterday », est une authentique AABA, ou plus précisément une AABA-BA. Les parties A font respectivement sept mesures, et les B en ont huit.



En 1983, le groupe The Police ont poussé la forme vers de nouvelles possibilités en ajoutant une partie supplémentaire (un C) à leur succès planétaire « Every Breath You Take ». Cette partie débute à la phrase « Since you've gone... », et joue en quelque sorte le rôle du vrai « middle-eight » de la chanson, ce qui donne la forme suivante: AABA-C-B-A-(Coda).


Sting a déclaré avoir écrit ce titre en dix minutes en pleine nuit, certainement avec un grand sentiment d'urgence. Cependant l'histoire ne dit pas combien de temps il l'a mijotée celle-là, consciemment ou pas...

Philippe Katerine est l'un des auteurs-compositeurs français qui me réjouit le plus, ces dernières années. Son premier hit, « Je Vous Emmerde », est un hymne  auto-dérisoire post-moderne aussi drôle en clip qu'en audio. Il s'agit aussi d'une forme AABA-A-B-A (ce dernier de douze mesures) et qui se termine par un dernier A. Juste pour dire combien cette forme reste pertinente et encore malléable, après  toutes ces années de loyaux services à la cause chansonnière...


Les formes vs. les couplets d'une chanson

C'est bien ça. On parle de blocs musicaux (identiques) sur lesquels iront les paroles. Ou encore, une façon de structurer un texte de manière à le mettre facilement en musique. Il n'y a pas de mauvaises façons de procéder, seulement des façons différentes selon les circonstances de création.

En principe, on veut éviter les répétitions inutiles, ou qui ne servent pas les besoins de l'histoire. Les deux premiers blocs (A-A) devraient donc faire progresser le propos; le B devrait proposer un contraste tant musical que verbal. À la rigueur, s'il devait y avoir une répétition dans le texte, cela pourrait être de ramener le premier couplet A comme dernier couplet A en guise de fermeture. Ça peut avoir pour effet de boucler la boucle et donner un effet de perspective en quelque sorte, comme ça peut aussi devenir redondant.

La chanson (en général) est un habile mélange de nouveauté et de répétition; si on est pour répéter de l'information, vaut mieux laisser une certaine durée entre les répétitions, histoire de ne pas lasser l'oreille.

Est-ce que ça répond à ta question?

:Jolicoeur

Oui très très bien, et

Oui très très bien, et c'est bien ce que j'avais constaté, je suis fière de moi...

Merci de ton aide et de tes explications ça me donne le goût d'écrire ...

Sue

Quand tu parles de couplet A

Quand tu parles de couplet A et de couplet B on parle de forme musical et non pas de paroles qui se répètent , C'est bien ça???

Parce qu'au début je croyais que c'était les paroles et non pas la musique, et si c'est ça je viens de faire un grand pas dans la compréhension d'une composition de chanson hi hi hi ...

Merci à toi

Sue

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