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The Who: La genèse de "Tommy"

1968 allait être l'année du « ça passe ou ça casse » pour The Who. Bon, pour la casse, ils étaient déjà passés maîtres incontestés dans la démolition de leurs instruments soir après soir depuis près de cinq ans, et ils avaient frappé l'imaginaire des Mods via des succès tels que « I Can't Explain » « My Generation » ou « Substitute », par la violence de leurs spectacles et par de nombreuses apparitions à la télé, notamment à « Ready Steady Go! ». Toutefois, ça ne baignait pas entre les quatre membres, mais pas du tout.

« Nous avons eu deux années de succès trépidant, et puis ça s'est enrayé. Nous étions des maîtres du genre, le meilleur groupe à faire du Who dans les parages... » dixit Pete Townshend en entrevue.

Après quelques titres moins performants sur les palmarès (« I Can See For Miles » avait marché en deçà des attentes du groupe, idem pour « Magic Bus »), miné par des rapports de force changeants et des querelles incessantes entre eux, le groupe sentait que l'heure de vérité approchait.

Certains lorgnaient même ailleurs, dont John Entwistle et Keith Moon qui, en discutant avec un certain Richard Cole en avril, lancèrent l'idée de monter un super-groupe qui s'écraserait comme une « balloune de plomb », avec pour pochette d'album un immense zeppelin en flammes. Des noms de membres potentiels furent avancés: Steve Marriott, Steve Winwood, Jimmy Page, tous des amis ou collaborateurs. Cole travaillant parfois pour Page, la rumeur se rendit jusqu'à celui-ci, qui en fit pour le moins bon usage par la suite...

Townshend s'imaginait, au pire, faire des musiques de films, lui qui avait gagné beaucoup d'assurance dans ses moyens d'auteur-compositeur, se sentant apte à écrire sur n'importe quel sujet. Roger Daltrey, l'ancien leader du groupe avant d'être remis à sa place par les trois autres, redoutait de retourner à son boulot de ferblantier et de rater l'opportunité de sortir de son milieu ouvrier, comme tant d'autres jeunes anglais qui se sont sortis de la misère par la musique. C'était l'époque du « We've got to get out of this place, if it's the last thing we ever do »

Les Who sentirent qu'ils devaient porter un grand coup pour consolider leur avenir, et ça ne pouvait évidemment venir que du côté de Townshend, encouragé par son co-manager Kit Lambert, qui l'incita à créer un opéra pop, et de ne pas y aller avec le dos de la cuillère, de faire gros, grand et d'en beurrer épais.

Townshend jonglait déjà avec cette notion depuis un certain temps, et tenta la chose sur l'album qui en porte le nom, « A Quick One (While He's Away) » dès 1966. L'idée d'enfiler des chansons pour raconter une histoire qui déborde du cadre des trois minutes réglementaires se concrétisa et devint viable, et le groupe parvient à la rendre de manière plus que convaincante sur scène, tel que démontré par cet extrait tiré du « Rock 'n roll Circus » des Rolling Stones.

« The Who Sell Out » met la table

Paru en décembre 1967, l'album « The Who Sell Out » (Les Who se vendent) contenait le début des ramifications musicales qui s'épanouiraient dans Tommy. Une autre ébauche d'opéra pop, d'une durée de plus de huit minutes dans ce gracieux et fluide démo acoustique de Townshend, l'obscure « Rael », (un conte politique pas simple à décoder, texte à l'appui) ayant été amputé de sa finale et raccourci à six minutes pour clore l'album.

La pièce renouvela la proposition « opératique » de façon plus ou moins concluante, ce qui fera dire à Townshend qu'il était davantage doué pour la musique que pour la politique. Elle contenait toutefois ce qui deviendra « Sparks » sur Tommy.

Toujours sur Sell Out, on trouvera, à 1:23 de « Sunrise », l'inspiration de ce qui deviendra « Pinball Wizard ». À la fin du refrain de « I Can't Reach You », on entend clairement le « can't (…) see, feel or hear from you » qui évoluera en « See me, feel me, touch me, hear me ».

Dernier chaînon manquant, le titre « Glow Girl » resté inédit jusqu'en 1974. Alors constamment en avion, Townshend écrivit une histoire d'écrasement d'avion et de réincarnation, avec le motif guitaristique de « It's a boy » annonçant plutôt l'arrivée d'une... fille.

Non, Tommy n'est pas né de la cuisse de Jupiter, lui non plus.

Sources:

- "The complete chronicles of the Who, 1958-1978: Anyway, anyhow, anywhere", Andy Neill & Matt Kent, Virgin Books 2005

- "The making of Tommy", Nigel Cawthorne, Vinyl Frontier, 2005

- The Who, pour les paroles

- Réflexions de Roger Daltrey à propos de Tommy (2013)

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