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Les derniers jours du Roi lézard: L.A. Woman

L'histoire de l'enregistrement de l'album L.A. Woman, le sixième et dernier dû par contrat par les Doors pour Elektra Records, débute en novembre 70, alors que le groupe s'exécute devant leur producteur Paul A. Rothchild au Sunset Studio. Rothchild n'aime pas ce qu'il entend. C'est de la cocktail music à ses oreilles, il s'emmerde royalement et décide de plaquer le groupe.

Robby Krieger, Paul A. Rothchild, Jim Morrison

Plus capable de tirer les Doors en studio, de les inspirer, de gérer les errances du chanteur qui arrive hyper bourré au studio depuis trop longtemps. « Vous savez quoi faire, je n'ai plus rien à vous apprendre, et j'en ai plus le goût ». Quand le chanteur s'envoie trente-six bières derrière la cravate en une seule répétition comme Rothchild le dit à un endroit, on a comme un problème sur les bras, admettons...

Il faut entendre Rothchild diriger le groupe en studio durant les sessions de Roadhouse Blues notamment (« On s'en va au road house (au bordel), pas à la toilette que diable! ») pour avoir une idée à quel point il pouvait être impliqué dans le processus de création en studio et être exigeant.

Les albums Soft Parade et Morrison Hotel ont pris plusieurs mois chacun à produire, il s'est tapé des centaines d'heures d'écoute de bandes en concert pour Absolutely Live, bref, il en a plein les baskets du groupe. D'autant plus qu'il sort des sessions d'enregistrement du dernier album de Janis Joplin, Pearl, qu'elle enregistrait quand elle est morte le 4 octobre précédent. Hendrix est mort lui le 18 septembre et Brian Jones, depuis à peine plus d'un an. Morrison dit à qui veut l'entendre qu'il est le quatrième sur cette liste...

Appréhendant au départ une autre session « d'arrachage de dent » avec le producteur Rothchild, le groupe retourne alors la situation à son avantage en se tournant vers son fidèle ingénieur de son Bruce Botnick pour l'aider à produire l'album. Ils aménagent l'immeuble de deux étages qui leur sert de bureau et d'espace de répétition en un studio d'enregistrement, afin de travailler dans des conditions rassurantes et confortables.

Ray Manzarek, Bruce Botnick, John Densmore, Krieger, Morrison

Le studio prendra sept jours à monter, et l'album, lui, prendra un autre sept jours à mettre en boîte. Le groupe reprend alors les bouts de chanson présentés au départ à Rothchild. Du blues, des progressions d'accords pour Riders On The Storm et L.A. Woman, des rejets de sessions précédentes... On enregistre un titre ou deux par jour, à raison d'une paire de prises chacune. Morrison est tellement enthousiaste devant cette liberté retrouvée qu'il se redécouvre une éthique de travail et un intérêt qui lui faisait défaut depuis un bon moment déjà, et qui créait des tensions entre lui et le groupe.  Cette fois, les Doors ont l'impression de revenir au garage des débuts, sur la plage de Venice cinq ans plus tôt. Même Densmore a renoué avec sa batterie du premier album. Ils souhaitent retrouver une spontanéité émoussée, mais surtout se redéfinir comme un groupe de blues plutôt qu'un « pop band ».

Dans le but de faire plaisir à Jim, le groupe a embauché Jerry Scheff, bassiste d'Elvis Presley, dont Morrison était un grand fan. Jim est heureux et demeure relativement sobre, selon ses standards à lui bien sûr. Début décembre, le gros de l'album est enregistré.

Vynil original avec coins arrondis et image de crucifixion


Et dire qu'ils partaient de prémisses, de progressions d'accords, de quelques lignes dans les cahiers de poésie du chanteur... Dont Riders On The Storm qui origine de Ghost Riders In The Sky, reformulé par Morrison en Ghost riders on the storm...


Quelques rejets de sessions précédentes s'ajoutent, tel le démo de Hyacinth House, et une déjà terminée qui se nomme Latin America et qui deviendra L'America, après avoir été refusée par Antonioni pour Zabrieski Point. « On la lui a jouée tellement fort qu'on lui a pété les tympans, » raconte Densmore, dans Classic Rock.

Sur cette lancée se forme aussi L.A. Woman, inspiré de « City of night », un roman de John Rechy paru en 1963 et que Morrison avait lu durant ses années universitaires. Selon Ray Manzarek, « L.A. Woman fut crée dans un grand état d'effervescence. On a vraiment mordu dans cette chanson, on était en feu. Bienvenue à L.A. » dit-il.

Le groupe puise allègrement dans les cahiers de Morrison, et en tireront The Changeling, qui illustre l'attitude du chanteur notamment face à l'argent avec les lignes « I had money / I had none » tel un mantra existentiel. The Wasp (Texas Radio And The Big Beat) tire son origine elle des radios de la frontière texane et mexicaine, que Morrison a connu dans sa jeunesse, suite aux déplacements fréquents de la famille, dont le père était amiral dans la Navy. Selon Robby Krieger, Morrison avait une image dans la tête d'un « énorme haut-parleur » crachant des milliers de watts sur tout le pays à l'image de Wolfman Jack dans les années '60.


Le groupe se tapera une journée blues début décembre avec non seulement l'enregistrement de Crawling King Snake, mais également de Been Down So Long, (titre emprunté à l'auteur Richard Farina « Been down so long il looks like up to me »), et de Cars Hiss By My Window, qui origine des cahiers de texte de Morrison des débuts quand il vivait sur un toit à Venice en '65-'66. La réédition de 2007 contient un couplet inédit, en passant...

Morrison, Densmore, Jerry Scheff, Krieger, Manzarek, Marc Benno, Botnick

Le 8 décembre, jour de son vingt-septième anniversaire, Morrison se retrouve seul en studio pour enregistrer une série de poèmes qui deviendront la base de l'album posthume « An American Prayer » sur lesquelles les Doors arrangeront de la toute nouvelle musique une décennie plus tard. Fortement imbibé de nouveau, Jimbo s'effondrera sur l'équipement, inconscient, à la rigolade générale.

Le lendemain, celui-ci demande à aller faire quelques spectacles, histoire de casser les nouveaux morceaux devant public. On convient rapidement de deux engagements, soit le premier au Texas le 11 décembre, et le second à la Nouvelle-Orléans le lendemain 12. Ils s'avéreront les deux derniers spectacles du groupe avec leur chanteur.

Le premier des deux, à Dallas, va merveilleusement bien: L.A. Woman     (en parties 1 et 2 ici), The Changeling, Lover Her Madly ont droit au traitement live. L'ambiance est à la hausse; le groupe en a bien besoin après la débâcle de mars '69 à Miami, et la poursuite pour grossière indécence que la Cour de Floride a intenté à Morrison, condamné à quatre mois de travaux forcés, et qui en appelle de la décision.

Mais surtout, il a déjà dans l'idée de se pousser à Paris, rejoindre sa blonde de longue date, Pamela Courson, qui est là-bas en compagnie d'un jeune jet-setter français, le conte Jean de Breteuil, un jeune homme de 21 ans au profil douteux, et qui fréquente du même coup Marianne Faithfull. Il faut savoir qu'à l'époque, l'Europe est enseveli sous l'héroïne, que Pam aime beaucoup l'héroïne, et que de Breteuil lui en fournit.

Le deuxième spectacle, à la Nouvelle-Orléans, ira moins bien. En fait ça sera la mort publique du chaman/showman qu'était Jim Morrison. D'après Manzarek, cité dans Classic Rock: « Il s'est vidé de son énergie. Sa voix a baissé et baissé jusqu'à s'arrêter. Il était vide. Ça n'était pas comme lorsqu'il se présente au studio bourré et n'est pas capable de livrer; ça, ça peut toujours aller au lendemain. Là, c'était la fin. »

L'histoire veut qu'ils n'aient joué qu'une poignée de titres. Morrison, probablement encore très bourré, se serait accroupi devant la batterie de Densmore. Celui-ci cognant dans son bass drum, Morrison se serait alors relevé et redirigé vers son pied de micro, avant de tenter de l'enfoncer violemment à plusieurs reprises dans le plancher de la scène. Puis il sortit de scène. Densmore le suivit immédiatement, laissant Manzarek et Krieger en plan.

C'était la première mort de Jim Morrison.

Poster promo pour l'album L.A. Woman

Sources

Je me suis basé en bonne partie sur le magazine "Classic Rock" no. 148 du mois d'août 2010 et l'article "L.A. Woman and the last days of Jim Morrison". Aussi sur "Jim and I - Friends until death" de Alain Ronay disponible sur le Net.

Il va sans dire que j'ai lu plusieurs bouquins et articles sur les Doors au fil des années, dont le livre d'Hervé Mueller "Jim Morrison au-delà des Doors" et 'No one here gets out alive" de Danny Sugerman et Jerry Hopkins, et me suis basé sur les souvenirs que j'en ai conservé, tout en les revalidant autant que possible par Internet. En gros, c'est ça.

Plus de détails ici: http://www.pierrejolicoeur.com/communaute/sujet/les-derniers-jours-de-ji...

PJ

Salut, juste pour savoir ,

Salut,
juste pour savoir , quelles sont tes sources pour tes articles sur Morrisson ?

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