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Les derniers jours du Roi lézard: Un parfum de fatalité

Dans les jours suivants cette sortie pour le moins ratée du 12 décembre '70 en Nouvelle-Orléans, Jim Morrison, en guise d'amende honorable, retourne en studio terminer Riders On The Storm. Évidemment, nul ne le savait à ce moment-là, mais Morrison allait travailler sur ce qui était pour être sa dernière contribution artistique en ce monde.

Il s'agit de l'adaptation en chanson d'un scénario de son court métrage HWY qu'il filmait avec l'aide de copains cinéastes, et dont on peut voir les images au début du documentaire « When you're strange: A film about the Doors ». Une vague histoire d'auto-stoppeur meurtrier qui détourne le véhicule et la vie de son samaritain. Un scénario dans l'air du temps, Charles Manson ayant sévit au dépend notamment de Sharon Tate l'année précédente.


La chanson prend toutefois une tournure romantique et mélodramatique en devenant un appel à l'aide à son amoureuse: « Girl you gotta love your man / Take him by the hand / Make him understand / The world on you depends / Our life will never end / Gotta love your man... » Morrison signe du coup son testament artistique.

En janvier, durant le mixe de l'album, Morrison retourne en studio ajouter une harmonie vocale sur Hyacinth House, et sur Riders On The Storm une piste chuchotée que l'on peut entendre ici, et sur laquelle il est méconnaissable. Ça sera son apport final à l'histoire musicale du groupe, et conclura le contrat qui lie les Doors à Elektra. Six albums en studio plus tard, le groupe est libre de toute attache, et Morrison souhaite réorienter sa vie.

Il en a marre de son train de vie débridé, et de Los Angeles. Il annonce son intention de se pousser à Paris, dont il a gardé un souvenir impérissable durant un précédent passage. Il souhaite écrire et se concentrer sur sa poésie et se réinventer. L'idée d'aller à Paris, comme l'écrira plus tard son ami Alain Ronay, étant de se désintoxiquer de l'alcool et de sa célébrité encombrante.

Il commence à se trouver vieux pour jouer la rock star à vingt-sept ans. Il se distancie mentalement du groupe en se percevant de plus en plus comme un poète. Et de plus, Pamela s'y envolera en février prochain rejoindre une connaissance. Morrison, lui, décollera un mois plus tard.

Une fois l'album mixé et le titre de l'album arrêté, le groupe prend la pose pour la photo de la pochette. Morrison est saoûl et doit s'asseoir, une bouteille de whisky bien entamée à ses pieds. Manzarek : « Sur cette photo l'on peut sentir la fin imminente de Jim Morrison. (…) Il n'est plus le jeune poète rencontré sur la plage de Venice.»

 

L.A. Woman

Ceux dans l'entourage du groupe qui l'ont aperçu durant cet entre-deux en garderont un souvenir ambivalent. Jac Holzman, président d'Elektra raconte: « Lors d'une réception à Elektra pour l'inauguration de nouveaux locaux, il était inhabituellement tranquille. Il y avait un parfum de fatalité dans l'air. »

Le party s'est ensuite déplacé ailleurs et Holzman de se rappeller: « Jim avait l'esprit ailleurs. Quand on s'est dit au revoir, nous avions vécu plus d'une vie dans l'espace de quelques années très rock 'n roll. On s'est serré l'un contre l'autre, il s'est retourné maladroitement et s'en est allé. »

Paul Rothchild le croise dans les locaux d'Elektra quelques jours plus tard, et en reste estomaqué: « J'ai entendu la porte ouvrir et j'ai alors entrevu ce gros bonhomme. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite. L'on me tape alors sur l'épaule, et je vois ce gros gars pouvant passer pour le plus jeune fils d'Orson Welles. Il me dit alors « Salut Paul » et je me suis dit « Sainte bénite, c'est Jim? »

La veille de son départ pour Paris le 11 mars, Jim se rend à l'aéroport avec sa bande d'écumeurs, et rate son vol pour cause d'ébriété avancée. À cette époque de sa vie, Morrison est rendu à un stade d'alcoolisme très avancé, et a commencé à tâter de la cocaïne. Toutefois il ne touche pratiquement pas aux drogues psychédéliques, y compris la mari. Et il est, en principe, contre l'usage de l'héroïne...

À suivre: Les derniers jours de Jim Morrison

Source: Classic Rock no. 148, août 2010 © Tous droits réservés.

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