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Les Doors dépoussièrés: Strange Days

Strange Days (sortie: 25 septembre '67, enregistré de février à août '67)

« Strange Days have found us / Strange days have tracked us down... » La clarté de l'écho sur la voix de Morrison nous hante comme jamais et témoigne des possibilités qu'entrevoyait le groupe en retrouvant le studio dans le courant de l'année '67, surtout que celui-ci était dorénavant doté d'un huit-pistes, ce qui simplifiait de beaucoup l'organisation du travail en studio.

C'est à l'écoute de la copie promo appartenant à Bruce Botnick de « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band » des Beatles, que le groupe, le producteur Rothchild et l'ingénieur Botnick prirent la décision de s'en inspirer sans chercher à le pasticher.

Le groupe, n'étant plus des novices en studio, fignola sous la direction de Paul Rothchild des arrangements percutants (Strange Days, Moonlight Drive, When The Music's Over) ou tout en nuances (You're Lost, Little Girl, I Can't See Your Face In My Mind), se renouvellant avec l'aide de la technologie ( du Vox Continental au Moog, en passant par le clavinet et le piano trafiqué, et allant jusqu'au marimba) ou par des techniques d'enregistrement novatrices pour l'époque (rubans et partitions joués à l'envers). Ils usèrent aussi d'une chambre d'écho très particulière et exclusive au studio.

Le son du groupe gagna aussi en profondeur grâce à l'ajout de Doug Lubahn à la basse, autrement de Clearlight, un groupe signé sur Elektra dont Paul Rothchild était également producteur.

Strange Days est certes l'album le plus abouti du groupe. Vu l'influence citée plus haut, on y sent une influence certaine des Beatles et de leur « arme secrète », leur audacieux nouvel ingénieur de son Geoff Emerick depuis « Revolver ».

Ensuite, on sombre dans la langueur psychédélique de « You're Lost Little Girl », thème inspiré du poème de William Blake « Little Girl Lost ».

Les racines blues du groupe reviennent au galop dans « Love Me Two Times » via le jeu de guitare de Krieger qui s'entremêle dans les arpèges du clavinet de Manzarek, et qui déjà témoigne de la dette immense du groupe envers John Lee Hooker tant dans le son que dans le feeling bluesy du groupe.

« Moonlight Drive » trouve enfin sa place dans le corpus du groupe sur ce qui était alors la dernière pièce de la face A du vinyl, et donne à entendre un arrangement final beaucoup plus relevé et punchy que sur tous les démos précédents, incluant ce démo de Rick & the Ravens, ainsi qu'une version 1 et 2 citées plus haut.

Une nouvelle piste de clavinet apparait sans avertissement à 0:42 de la pièce, ajoutant aux surprises saupoudrées au fil des pièces. Plusieurs pistes d'instruments ainsi disparues au mixe final d'origine refont surface.

D'une part, Paul Rothchild forme le groupe à viser la perfection dans l'exécution, et il joue un rôle de premier plan dans le processus créatif du groupe en studio en les poussant à se dépasser. D'autre part, Morrison a compris, à 2:22, qu'il vaut mieux faire lever la pièce en allant chercher la note la plus haute, ce qu'il ne faisait pas sur les démos précédents.

Plus loin, My Eyes Have Seen You gagnera une dizaine de seconde grâce à une finale allongée.

À la toute fin de When The Music's Over on entend un Morrison bien sage qui propose de refaire une nouvelle prise...

Autres bonis de Strange Days: les quelques faux départs de « People Are Strange », anecdotiques sinon pour témoigner du travail en studio avec Rothchild. Par contre « Love Me Two Times » (prise 3) avec Ray Manzarek au Vox vaut le détour pour entendre le groupe live dans des conditions de studio.

L'année '67, déjà riche musicalement, aura offert les facettes brut et raffinée des Doors à leur apogée, dans une ambiance psychédélique s'assombrissant, et annonçant les turbulences sociales de 1968.

La critique de Strange Days du Rolling Stone de novembre 1967.

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