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Les variantes de l'AABA

Dans « The Craft of Lyric Writing », Sheila Davis répertorie deux variantes à l'élégante AABA, soit les formes ABAB et ABAC qui sont des parents de la « fesse gauche » de la AABA, pour faire image. Elle explique qu'« alors que les Berlin, Kern, Gershwin, Porter et Rodgers créaient leurs classiques chansons AABA, ils en créaient aussi une somme équivalente sous la forme ABAB et sa variante, la ABAC ».

Identique en longueur de structure, soit toujours les mêmes trente-deux mesures, la ABAB a (au lieu de trois blocs A séparés par un bloc B qui sert de lien pour amorcer le tournant vers la fin de la chanson), un bloc A de seize mesures immédiatement suivi d'un autre bloc de dimension similaire (le B) mais en même temps légèrement différent et qui obéit à une autre dynamique musicale.

Dans certains cas, on peut imaginer une longue mélodie ascendante sur les premières seize mesures, et qui se conclura progressivement par un mouvement descendant (par exemple) sur les seize suivantes. Sheila Davis compare ces deux parties à des « jumeaux siamois ». C'est une bonne image.

« Fly Me To The Moon », chantée ici par Frank Sinatra est une ABAB classique et indémodable. Il faut compter seize mesures par bloc pour bien voir la forme. 


Et voici la variante ABAC avec « Call Me Irresponsible » interprétée par Michael Bublé. Le bloc C est la partie explosive du milieu, alors qu'on s'attend à un deuxième B, qui démarre presque de la même façon, mais qui abouti ailleurs.


Le « hic » de ce genre de forme, s'il en est un, c'est que ça donne des chansons un peu moins évidentes (commercialement parlant)  que les sempiternelles « refrain/couplet », et qui exigent des mélodies certainement au-dessus de la moyenne pour s'imposer. Pas toujours évident quand la première chose que l'on remarque est l'absence d'un refrain « gros comme une église catholique », réflexe bien normal s'il en est un.

N'empêche, le sirupeux Lionel Richie a quand même crée un monstre avec sa chanson « Hello » en 1984.


Richie a modernisé la forme en insérant un thème au piano de quatre mesures à l'introduction et qu'il répétera entre les trois blocs de seize mesures de la chanson, ce qui a rendu la forme contemporaine à l'époque. Le fait de ramener un troisième bloc A /B débutant par un solo pour finir avec une répétition de texte déjà entendue auparavant, lui aura permis de maximiser le potentiel de la ABAB, commercialement parlant.

On trouve l'équivalent en français chez Gilbert Bécaud avec et son tube de 1972, « Un peu d'amour et d'amitié »


Notez qu'il faut compter ici non pas seize, mais vingt-quatre mesures par bloc. Notez aussi que le bloc B balance agréablement le A précédent, mais jamais ne le domine, mélodiquement parlant. On ne sent pas une montée irrésistible, comme si c'était un « pic » un sommet comme dans un refrain qui suit le couplet. C'est pour ça qu'on a l'impression que ces deux blocs cohabitent si bien dans un ensemble de quarante-huit mesures, ensemble qui reviendra une deuxième fois seulement avant de conclure la chanson (sauf dans ce clip, évidemment, Bécaud trop excité de son nouveau chef-d'oeuvre!)

Une variante à la sauce Francis Cabrel: l'on doit compter seize mesures pour le bloc A, et puis douze pour le bloc B. Des ajouts instrumentaux rehausseront la modernité de la forme.


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