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Métaphore filée, personnification et anaphore

« Comme un policier enquêtant pour un crime... » Débute ainsi Pour Essayer De Faire Une Chanson de Charles Aznavour.  Métaphore filée illustrant la création d'une chanson, cette pièce courte compare à rien de moins qu'une enquête judiciaire au complet le fait d'accoucher d'une chanson, une « oeuvrette de rien » de surcroît, en usant de subterfuges, de manigances voire de... personnifications!

À l'aide d'une comparaison doublée d'une anaphore, chaque couplet représentent une étape dans la démarche de l'auteur. Le policier, le souteneur, le procureur et même l'avocat de la défense, tout le monde y passe! Comme dans tout bon C.S.I., on débute les deux pieds dans l'action avec l'auteur-policier déjà qui « fouille, cherche, guette, cerne et questionne l'idée ». C'est le débroussaillement des mots, la recherche du sujet, de la piste qui paraît prometteuse, les premiers jets. On peut aussi le voir sous l'angle d'une gradation ascendante, belle démonstration d'un développement émotionnel et graduel crédible de la démarche. On ne néglige aucun détail au passage: le souffle, la rime, la phrase ainsi que l'inspiration; l'enquête semble partie pour être rigoureuse...

Ça se corse dans le deuxième versant du même couplet lorsque « je traque le mot, construit la métrique et passe à tabac mon inspiration ». Les sonorités des mots, les allitérations ruent dans les brancards; on nous sert de la consonne  dentale (t) doublée d'une uvulaire (r = Tr), de vélaire (k) et de labiales (b, p, m) pour retomber sur ses pattes. Reste plus qu'à jeter un oeil pour s'assurer que la phonétique suit, et le tour est joué; on termine avec le titre en guise de conclusion, placé judicieusement à la fin pour fermer le couplet et lui conférer tout son sens, soit celui d'essayer de faire  une chanson... Un premier couplet A de passé, on remet ça au deuxième...

« Comme un souteneur qui joue sur sa chance / en frappant l'accord j'effraie mon piano »; on monte d'un cran dans l'intensité de l'acte créatif, venant cette fois de l'angle du compositeur-souteneur. Outre jouer, frapper et effrayer, « je fais leur affaire (...), claque la note, bat le tempo, fais chanter une mélodie » (...) et « fais main basse sur l'harmonie », tout ça dans un seul but toujours, soit essayer de faire  une chanson... Comme disait l'autre: c'est un sale boulot, mais quelqu'un doit le faire; on voit bien que lorsque c'est le moment, les sons savent se faire durs, mais savent aussi se faire doux, voire manipulateurs... Du fait, il est intéressant aussi de noter de quelle façon l'harmonie appuie le discours dans le deuxième acte, justement.

Et à nouveau, démontrant que le style est affaire de volonté, on ramène une 3ème fois la comparaison-personnification en ouverture de couplet: « Comme un procureur... » qui cèdera la place deux lignes plus loin à « l'avocat qui plaide non-coupable ». Rendu là, ça sent la symétrie; choisir de construire une structure avec en parallèle des personnages qui se succèdent, les mettre en scène en jouant des états d'âme et illustrant les étapes de création d'une « oeuvrette de rien » rappellons-le;  ça ressemble à de l'anaphore tout craché. La symétrie peut prendre bien des formes dans la chanson; disons que c'est une des couleurs de base qui sait faire preuve de récurrence dans la palette du parolier, et ce de plus d'une façon...

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