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Jim Morrison, issu de la cuisse de Jupiter?

Si l'oeuvre et la légende des Doors reposent en partie sur les qualités d'interprète, d'auteur et de mélodiste de Jim Morrison, qu'en était-il de ses réelles aptitudes de musicien, celles qui lui auraient permis de créer, musicalement, le répertoire de base, et du coup l'identité du groupe?

Je veux parler plus concrètement de ses aptitudes d'instrumentiste, puisque créer de la musique implique, dans 99% (disons) des cas, une connaissance - même minimale – d'un instrument de musique, sans tenir compte de sa voix ici. Je parle bien sûr d'un instrument externe à soi. Quiconque peut improviser des mélodies, mais comme dans n'importe quoi, sans entraînement ou connaissance de base, ça n'ira pas plus loin qu'il ne le faut.

Encore une fois, si l'on se réfère à l'histoire du groupe, Morrison ne jouait vraiment d'aucun instrument (officiellement), et ferait partie de ce 1% (disons) qui compose et structure des chansons viables commercialement sans aucune connaissance du solfège ou de l'harmonie, et qui devient du coup une fabuleuse exception à la règle. Il n'existe aucune photo de lui s'accompagnant à la guitare, par exemple, mis à part une séquence au piano sur laquelle je reviendrai.


Un artiste
issu de la cuisse de Jupiter?

Morrison a lui-même établi dès le départ les fondements d'une partie de son mythe, soit celle d'être devenu un musicien spontanément, un peu comme le phénomène de « combustion spontanée » dont je parlais précédemment et qui sied tellement au personnage.

« Sans raison aucune, je me suis mis à écrire des chansons; elles surgissaient (…) j'assistais à des spectacles rock formidables dans ma tête ».

Il écrivit ses premières chansons sur le toit d'un immeuble de Venice en Californie à l'été '65, alors qu'il vivait de conserves et d'acide; il a séduit Ray Manzarek (façon de parler) après lui avoir chanté Moonlight Drive sur la plage. Manzarek lui a alors proposé de former un groupe et de faire un million de dollars.

La légende soutient qu'il n'avait JAMAIS chanté avant cette occasion. Bref, Jim Morrison serait un diamant artistiquement brut dont le talent a finit par jaillir spontanément, à tous points de vue, grâce à la rencontre avec le groupe: d'abord parolier, il est soudainement devenu mélodiste, compositeur et interprète. Sans jamais avoir tâté de la musique auparavant...

De l'été '65 à Light My Fire, en plein Summer of love de 1967, Morrison aura effectué une spectaculaire métamorphose, passant de chanteur néophyte à crooner sulfureux en, quoi, vingt quatre mois à peine?

C'est le premier aspect de la légende qui m'ait autant impressionné adolescent - comment se transformer spontanément en créateur charismatique. Illico, j'ai été vendu au talent, que je devinais exceptionnel, du Lézard roi.

Mais depuis, et l'ayant expérimenté par moi-même, (et étant peut-être sous-doué, me direz-vous ? ;) deux ans, c'est bien court dans la vie d'un chanteur. Le placement de la voix peut lui-même prendre plusieurs mois de travail constant; et de là, contrôler son diaphragme, travailler avec la colonne d'air, maîtriser le phrasé, la justesse des notes, absorber quelques gammes, le swing, le blues; bref, ça fait bien des choses à assimiler et à rendre artistiquement en peu de temps.

Mais ça n'est sûrement pas impossible à faire pour un talent exceptionnel; peut-être Jim était-il un authentique pur sang sur ce plan? Spontanément chanteur, avec une « bonne tuyauterie », comme en a déjà dit Ray Manzarek? Peut-être est-ce vraiment le cas.

Or, quand on pense à sa posture classique sur scène (les deux mains sur le micro, ce qui comprime les poumons), on comprend que Morrison était un chanteur qui, sur scène, semblait se foutre éperdument de sa respiration et de toute technique vocale, même les soirs ou il était « sobre », selon ses standards à lui évidemment.

Toutefois, en studio, Morrison a démontré qu'il savait chanter; son timbre riche et bas, expressif et sensuel, sa pose de voix inspirée de celles de ses idoles Presley et Sinatra, un sens rythmique infaillible et beaucoup de blues, d'âme et d'authenticité ont fait de lui un chanteur immortel et indémodable. Sur disque, ça ne fait pas l'ombre d'un doute.

Live, il devenait la bête de scène que l'on sait, quitte à tourner les coins ronds et à larguer certaines tournures plus mélodieuses au passage.

Je sais, j'ai l'air de débiter des évidences, mais restez avec moi encore un peu.

En cours de recherche, je suis tombé sur cette information, soit celle de son ex-beau-frère, Alan Graham, ancien mari de la soeur de Morrison, et qui témoigne que les Morrison chantaient autour du piano familial jadis et que le père avait une belle voix du Sud. Selon lui, Jim aurait chanté durant son adolescence, et il interprétait "Heart of My Heart," "Let Me Call You Sweetheart," ainsi qu'un hymne de l'école du dimanche, "Jesus Wants Me for a Sunbeam." Avouez que celle-là, ça ne s'invente pas...

Morrison aurait donc chanté depuis l'adolescence? Cela ferait du sens; il n'était peut-être pas un parfait néophyte sur le plan de la voix en 1965, contrairement à ce qui a déjà été avancé, si on se fie au commentaire de Graham et qui était à l'intérieur du clan Morrison à l'époque.

Qui nous dit qu'il n'a pas fait un minimum de piano et de solfège non plus? Cela expliquerait un peu mieux la « spontanéité » de l'interprète qui se découvre du talent aussi rapidement.

Morrison prenait un malin plaisir à déformer et à brouiller les pistes à son propos, on le savait; en voici peut-être une autre illustration. Et l'artiste n'est certes pas né de la cuisse de Jupiter...

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