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The Who: Tommy et la quête spirituelle de Pete Townshend

C'est durant l'année 1968, donc, que prend forme dans la tête de Pete Townshend l'histoire du voyage spirituel d'un individu qui meurt dans un accident d'auto. Il fit écouter au journaliste qui l'interviewait en mai '68 un extrait de « Now, I'm a Farmer », soit l'histoire d'un type réincarné en fermier, et que le groupe n'avait même pas encore entendu. Mais cette chanson fut rapidement écartée, comme le fut aussi « Young Man Blues » qui avait été considéré brièvement au départ.

En juin déjà, tel que rapporté par Rolling Stone lors d'une longue entrevue, l'histoire était devenue celle d'un garçon né sourd, muet et aveugle, qui répondait aux vibrations de la musique interprétée par le groupe, avec un même thème parcourant l'oeuvre, lui donnant par le fait même le statut d'opéra.

Dans cette entrevue, non seulement Townshend mentionna le nom de Tommy, mais parla aussi de l'importance des sens dans le rapport du garçon avec ses parents et de son entourage; y figurerait une agression sexuelle par un oncle libidineux, ainsi que la présence d'un docteur qui tenterait une expérience psychiatrique sur lui. Le puzzle tombait en place, mais Townshend s'en voulu par la suite d'avoir trop parlé, se sentant coincé par cette « bible » désormais publique.

Le groupe accueilli bien le projet d'opéra-rock. Ils passèrent certainement autant de temps à discuter des tenants et aboutissants, qu'à le créer en studio. L'histoire et les motivations devaient être éclaircies, et le canevas bétonné pour ne pas se casser la gueule.

L'été '68 vit The Who repartir en tournée aux É-U, eux qui devenaient prisés par les américains pour leur intensité scénique, se classant quatrième pour les revenus derrière les Cream, Jimi Hendrix Experience et les Doors, pour qui ils ouvrirent d'ailleurs le 2 août au Singer Bowl de New York.

C'est durant le concert des Doors que Townshend, qui observait Jim Morrison des coulisses, fut à la fois horrifié et fasciné par un incident, soit celui d'une jeune fille grimpée sur la scène pour toucher Morrison, et qui plongea tête première en bas de la scène afin d'échapper au personnel de la sécurité. L'incident lui inspira « Sally Simpson », métaphore de la groupie rock des sixties qui ira (dans la chanson) jusqu'à être défigurée afin de pouvoir accéder à son idole.

La tournée eu de bon qu'elle raffermit l'esprit de corps du groupe, qui comprit que l'union faisait la force et que le projet qui pointait son nez demanderait de la concentration et du sérieux pour frapper le circuit attendu qui les sortiraient de l'encre rouge pour de bon.

Baba, Hesse et Nordoff

Différentes influences philosophiques teintèrent le projet, dont celle de Meher Baba qui changea la vie spirituelle de Townshend, comme le Maharishi pour celle des Beatles. Pas évident toutefois d'entraîner trois jeunes issus de la classe ouvrière dans ce type d'arguments, et Il leur en fut reconnaissant de lui avoir démontré autant d'ouverture et de générosité envers ce qui aurait pu être perçu comme des élucubrations métaphysiques.

Meher Baba

Townshend puisa également dans l'oeuvre d'Herman Hesse (et de Siddharta) un intérêt pour la dualité entre le corps et l'âme, et de la quête spirituelle hors des frontières restrictives sociétales. Il jongla un temps avec l'idée d'écrire des chansons qui témoigneraient des perceptions du point de vue de l'enfant de l'intérieur, et d'autres qui témoigneraient de la réalité extérieure simultanément, mais il laissa tomber, comprenant que cela ne ferait que confondre l'auditeur.

Ce qui finit de le convaincre de la pertinence de sa démarche, c'est lorsqu'il tomba sur les travaux d'un chercheur, Paul Nordoff, qui était à mettre au point une thérapie par la musique pour des enfants autistes en les entourant, pour résumer, d'amour et de musique. Cette information valida sa démarche et il décida de foncer. Les ramifications devenaient évidentes, tant sur le point émotionnel que rationnel. L'idée tenait la route.

Après bien des interrogations et discussions, le projet encore appelé « Deaf, dumb and blind boy » pris le chemin des studios I.B.C. le 19 septembre '68.

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