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Un poème N'EST PAS un texte de chanson

Tout d’abord, mettons une chose au clair : un poème n’est pas un texte de chanson. Je citais dans le blogue "Pas d'choker, pas d'Louise pour Mira", "Mira Louvain, parolière" qui se disait "flabergastée" par le texte de "Pas d'choker pas d'collier" de Louise Forestier, et déplorait la qualité d'écriture de la chanson qui ouvre Ephémère. Vers la fin de son billet d'origine, « Mira Louvain » appelait à son secours  la poésie, comme pour soutenir un argumentaire boîteux et tout en indignation.

Les podcasts 9 à 12 de la série « Besoin d’écrire? » actuellement en ligne sur le site abordent le sujet de la différence entre un poème et un texte de chanson. Mais nul besoin de me croire sur parole; Chantale Grimm élabore ici, de manière fort éloquente, sur la différence entre la poésie et la chanson. Oui, certains poètes ont été mis en musique avec succès par des compositeurs chevronnés. Mais il s’agit plutôt d’exceptions qui sont des réussites, certes, mais qui restent des exceptions, et dont les poèmes ont suffisamment de qualités chansonnières pour supporter la transition. Chaque médium a ses mérites et ses limites intrinsèques; il n'est pas toujours évident de transposer un livre en film, par exemple...

La littérature chansonnière souligne amplement l’importance de la qualité orale des mots en chanson, qui est à mon avis aussi grande que la justesse du sens de ceux-ci. Nombre de chansons pop (sans parler du country) utilisent les mots du quotidien avec juste ce qu’il faut de magie pour rendre une émotion de manière efficace, imagée et touchante.

De temps à autre, un poète émerge et transcende sa génération en insufflant un réel souffle à son art, sans y amener les « travers » du poète et en se pliant aux exigences de l'art chansonnier. Comme le dit un adage que j'utilise souvent: la chanson utilise le corps de la prose et l’âme de la poésie. La chanson est un art populaire oral, et n'est surtout pas un poème, qui existe d'abord et avant tout sur papier; le poème obéit essentiellement à ses règles propres et peut utiliser un niveau langagier autrement plus riche, alors que le texte de chanson reste la moitié de quelque chose, l'autre chose étant la mélodie, et utilisant un langage parlé, de type conversationnel, proche du quotidien. Ainsi, dénigrer la qualité orale au profit d’une qualité poétique serait à mon sens une sérieuse erreur d’écriture chansonnière. Et comme la langue française écrite n’est pas exactement la même que celle que nous parlons, je préfère une Louise Forestier qui coache des élèves et qui les oriente sur une telle voie, à une « Mira Louvain » qui s'indigne et confond « l'ordinaire, le langage parlé (…) » avec « chanter la banalité du quotidien (…) de façon navrante.... »

Il vaudra la peine, dans ce contexte, de se pencher de plus près sur la démarche d’écriture d'une Louise Forestier, qui, après 40 ans de carrière, a certainement gagné le droit de suivre son instinct de créatrice et de faire les choses comme elle l’entend et surtout, comme elle le sent.

À suivre...

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